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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/682

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âmes, les traitait comme des phénomènes tout mécaniques, dont une poussée plus forte aurait finalement raison.

On avait à l’Instruction, dans la personne de Falk, un ami des lumières, avec tout ce que ce mot comporte de générosités fécondes et d’illusions niaises. Falk fut adoré, dans toute l’Allemagne, par les instituteurs protestans, et même par quelques catholiques. Il fut très bon pour ces primaires, très prodigue, très flatteur. Il avait le secret des libéralités financières qui accroissaient leur importance sociale, et le secret, aussi, des paroles grisantes, qui les grandissaient à leurs propres yeux. Il aimait à s’entendre accuser par les conservateurs de certaines « folies scolaires ; » il lui semblait, alors, qu’il souffrait pour la science et pour la liberté de l’esprit. Il se complaisait dans ces mots nobles et grands, plus attirans pour ses subordonnés que les vieilles instructions du ministre Raumer, qui voulait qu’à l’école prussienne on apprît à servir Dieu et le Roi.

Au demeurant, un homme intègre, désintéressé ; et dans cette Prusse où l’application et la docilité sont les deux obligations maîtresses du bureaucrate, il devait en donner l’exemple, tout le premier, par l’essoufflement laborieux avec lequel il fabriqua des lois, et par la souplesse admirable qu’il témoigna toujours à l’endroit de Bismarck. Plaisant au chancelier par son caractère, aux nationaux-libéraux par ses idées ou par ses phrases, il était un homme nouveau, messager d’un esprit nouveau ; incarnation compassée de l’Allemagne nouvelle, de cette Allemagne unitaire et nationale-libérale, qui, née de la Prusse, voulait en finir avec le particularisme prussien.

Il garda près de lui les vieux fonctionnaires, avec complaisance, presque avec respect : c’étaient, en définitive, des serviteurs du Roi, protégés par-là même contre les caprices de la politique ; et si Falk eût essayé d’y toucher, l’Etat monarchique, supérieur à Falk, ne l’eût pas permis.

Falk fit un premier pas qui, vis-à-vis de l’Église romaine, pouvait paraître un recul : les écoliers catholiques de Braunsberg furent autorisés à déserter les leçons religieuses du prêtre vieux-catholique Wollmann, et à suivre des cours particuliers de religion. L’évêque Krementz, en somme, ne demandait rien de plus. Parmi les conservateurs, certains se disaient qu’à la faveur d’un pareil précédent, ils pourraient un jour soustraire leurs enfans à renseignement d’un pasteur trop libéral. Un certain