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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/670

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Que de fois j’ai constaté la même ignorance ! On a essayé de combler cette lacune. D’intéressans travaux ont été faits, on en prépare d’autres. Mais si chaque école doit enseigner l’histoire du village, ces histoires locales, selon la richesse ou la pénurie des documens, seront très inégalement partagées, et même quelques-unes complètement déshéritées ; et comme, d’autre part, il s’agit moins de faire revivre le passé du village pour lui-même que de montrer aux enfans comment il se mêle et se confond avec le passé de la France, il vaudrait sans doute mieux adopter une méthode nouvelle d’enseigner l’histoire aux petits paysans.

Pourquoi ne pas leur montrer toute l’histoire de France se déroulant au village, depuis la surprise de l’oppidum gaulois par les légionnaires de Crassus jusqu’au deuil de l’Année terrible, où, par un radieux soleil de septembre, devant l’église, après la messe, le maire monta sur une pierre et lut les inoubliables paroles qui annonçaient la reddition de Metz ? Les événemens se succéderaient siècle par siècle, par une série de tableaux qui auraient pour cadre le mur d’enceinte dix fois abattu et dix fois relevé, le château, l’église, la petite place, la maison commune. Sans doute on utiliserait tous les documens, — chaque jour plus nombreux grâce à l’admirable activité des sociétés d’histoire locale, — pour donner aux récits le plus de vérité et de vraisemblance possible, mais il y faudrait mettre évidemment beaucoup d’imagination et d’artifice. Et de faire battre ainsi pendant dix-huit siècles le cœur de la France sur la petite place entourée de vieilles maisons, ce ne serait qu’une demi-fiction, car on y a vraiment ressenti toutes ses souffrances et tous ses triomphes.

Comme chaque école devrait avoir son histoire imprimée, autographiée ou manuscrite, des livres seraient nécessaires pour servir de guides et de modèles. Quels livres nous aurait donnés autrefois un Augustin Thierry, un Michelet, un Alexandre Dumas, un Lamartine, un Erckmann-Chatrian, puisque la part de l’imagination y serait aussi grande que celle de l’histoire ! Et, parmi les vivans, que de noms viennent sous ma plume ! Si tous ceux qui, sortis de la Gascogne, se sont élevés dans les lettres, les sciences, les emplois publics, la politique, fidèles au souvenir du village natal et pris de pitié pour la grande misère morale qui le désole et qui le tue, voulaient