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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/668

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très précis que le jeune triomphateur a devant lui toutes les carrières ouvertes, et qu’il serait grand dommage qu’il continuât avec son diplôme le métier que son père faisait sans l’avoir. J’ai vu des en fan s, qui auraient pu être des paysans aisés, et que le papier universitaire, placé dans un cadre au-dessus de la cheminée, a conduits à devenir hommes d’équipe ou balayeurs de magasins.

Il faudrait peut-être peu de chose pour rendre favorable cette influence contraire. Pourquoi, puisqu’il y a une demi-douzaine de baccalauréats, n’y aurait-il pas plusieurs certificats d’études primaires ? Pourquoi, à l’école du village, ne pas élever le coefficient de l’agriculture à l’examen, en y introduisant une épreuve pratique, qui resterait facultative, et dans laquelle l’apprenti montrerait son habitude des travaux agricoles, labour, pansage, conduite des animaux, etc. ?

Le prestige du jury ne serait pas diminué si on lui adjoignait les trois meilleurs laboureurs du canton, mais celui de la charrue serait singulièrement rehaussé aux yeux des enfans. C’est tout ce qu’on se propose. On ne veut pas rendre l’apprentissage agricole plus intense ou plus précoce, mais le relier étroitement à la vie de l’école. La partie serait bien près d’être gagnée le jour où l’écolier croirait que la charrue est un instrument aussi distingué, aussi scolaire, aussi scientifique que le compas, l’équerre et la petite cornue dans laquelle on fait quelques expériences élémentaires de chimie.

Rendons au petit paysan l’orgueil du village. Il l’avait autrefois entretenu par de vieilles légendes. Les légendes sont mortes ; essayons de les remplacer par l’histoire.

Il est curieux de voir que les écoliers ne savent pas un mot de l’histoire de leur village. Il y a trente ans, je faisais passer l’examen du certificat d’études, comme délégué cantonal, à Mira-doux, petite bourgade du Gers, perchée sur une colline, autrefois fortifiée. Pendant la Fronde, d’Harcourt, fidèle à la cause royale, s’y jeta avec le régiment de Lorraine. Condé essaya vainement de l’en déloger. Cela s’appelle le siège de Miradoux. A tous les candidats je posai la même question : Qu’est-ce que le grand, Condé ? Aucun ne put me répondre ; un seul savait qu’il était général et il m’assura qu’il faisait la guerre avec Napoléon.

Et je ne pus m’empêcher de dire à ces enfans : Vous ne savez pas que cette grande trouée dans le mur d’enceinte, qui