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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/665

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sont pénibles, monotones, fastidieux. Il importe beaucoup que rien dans l’entourage de l’apprenti ne vienne refroidir ses bonnes dispositions ; il faut, au contraire, que tout les favorise, les entretienne, les excite.

Dans un village, un maître jeune, zélé, préparait avec ardeur ses élèves au certificat d’études. Aux paresseux il disait volontiers en riant : Toi, tu ne seras jamais qu’un piguo-bermos (littéralement un piqueur de vers, un travailleur de terre). Il croyait la plaisanterie innocente. Elle ne l’était pas. Les meilleurs élèves, ceux qui obtenaient le certificat d’études, ne voulaient plus être des piquo-bermos comme ceux qui ne l’obtenaient pas. Il en résulta un fléchissement marqué dans les vocations agricoles de la commune.

Un rien compromet l’apprentissage, un rien peut le confirmer. Voici un autre maître qui le soir, après la classe, a rencontré un petit écolier conduisant les grands bœufs gris de la métairie, marchant droit, l’aiguillon sur l’épaule, fier d’être suivi par les bonnes bêtes pacifiques. Le lendemain, il raconte le fait devant toute la classe et loue la belle tenue du jeune bouvier. Comme il a raison de mettre quelque solennité dans l’éloge ! Le visage de l’enfant se couvre de rougeur, mais dans son âme tous les atavismes sont remués, et quelque ancêtre, laboureur émérite, s’y réveille, s’y dresse et y détermine une vocation définitive.

Il faut donc que l’école considère ses élèves comme des apprentis laboureurs et s’applique à modifier leur mentalité sur les quatre points que j’ai signalés.

Elle doit dire au petit paysan : « Tu n’as rien à envier à l’écolier de Paris ; s’il voit le « Louvre et ses trésors, » il n’a jamais contemplé comme toi la beauté du printemps sur les prairies en fleurs, ni la splendeur des moissons mûres ; il est moins fort, moins bien portant que toi ; tu n’as- pas besoin de lui et il a besoin de toi puisque tu le nourris ; tu peux aussi bien que lui devenir un grand artiste ; et, en attendant que tu sois un fantassin alerte, un artilleur solide ou un cuirassier superbe, c’est à toi surtout que pensera la patrie si elle se sent menacée. » On entend bien que ce sont des couplets et il y en a de meilleurs ; on peut d’ailleurs les varier beaucoup ; c’est le chant de glorification de la terre. Qu’on ne craigne aucune exagération : assez d’autres influences s’exerceront pour remettre les choses au point et