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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/655

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mains, je demande partout de l’eau de Cologne : dans beaucoup de maisons mon exigence reçoit satisfaction.

Ajoutons que la vigne a été refaite et la chose est importante. Le phylloxéra n’a pas été seulement une crise économique, mais encore une sorte de crise morale. Le paysan gascon ne comprenait pas la terre sans la vigne ; tout d’abord il ne voulut pas croire que celle-ci allait mourir, et, quand les souches ne donnèrent plus ni fruits ni sarmens, ce fut une grande tristesse et un grand danger. On était habitué à la joyeuse excitation du vin, et on n’aurait pas manqué de la demander à des boissons plus dangereuses. Le mal avait déjà commencé ; la résurrection de la vigne l’a arrêté. Les collines caillouteuses se sont de nouveau couvertes de pampres, et le vin continue à mettre dans les veines des hommes la chaleur et la joie que les grappes empruntent au soleil.

Il y a encore pour les paysans une autre source de satisfaction. Ils ont pris la place laissée par les bourgeois non seulement dans le domaine, dans la maison, dans le château qu’ils ont achetés, mais encore au conseil municipal, à la mairie, à la justice de paix comme suppléans, à l’école comme délégués cantonaux, dans le jury, à la préfecture. Ils sont restés maîtres du village, maîtres du pays. Ce serait les bien mal connaître de croire qu’ils ne savourent pas avec orgueil leur ascension politique et sociale.

Le pays où ils vivent est fertile, salubre, tempéré de climat, doux à l’œil. Que l’on parcoure les vallées qui descendent en éventail du plateau de Lannemezan et dont les grasses prairies nourrissent de beaux troupeaux de vaches grises ; que l’on monte sur les plateaux argilo-calcaires de Lectoure et de Nérac où les moissons sont comparables à celles de la Beauce ; que l’on descende dans les opulentes vallées de la Garonne et du Lot dont le confluent a déposé des alluvions qui sont une des terres les plus riches de France ; que de là on regarde les collines voisines, avec leurs champs enguirlandés de pruniers et de vignes, et auxquelles il ne manque que quelques pointes de cyprès pour rappeler le charme du paysage toscan, tout ici semble réuni pour la facilité, la douceur et la joie de la vie.

On ne manquera pas de conclure : l’homme doit être heureux et fortement attaché à cette terre qui, en retour de son travail, le comble de ses bienfaits, lui assurant le bien-être et