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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/654

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jamais sans eau-de-vie. Certains excès alcooliques peuvent être signalés dans la population maraîchère de la plaine et chez les jeunes gens. Néanmoins l’alcoolisme n’est pas menaçant. La consommation moyenne de la famille agricole atteint à peine un litre de vin, par jour et par tête d’adulte. Tous ces progrès se traduisent par un résultat précieux que les médecins constatent : la diminution de certaines maladies, et, dans l’ensemble, le recul de la morbidité aiguë.

Pour donner une idée exacte de la vie que mènent aujourd’hui les paysans gascons, il faut que je tire de mes notes quelques traits, qui, pris au hasard, compléteront le tableau.

Dans chaque maison, il y a un cheval et une bicyclette et les jeunes gens ont perdu l’aptitude à la marche si remarquable chez les conscrits gascons qui rejoignirent les armées de la Révolution et de l’Empire. Beaucoup ne se contentent pas de la carriole qui porte les veaux à la foire, ils y ajoutent la charrette anglaise, plus convenable pour les toilettes des grands jours. — Dans un village, il a fallu trois facteurs au lieu de deux, « la correspondance étant surchargée par les journaux et les cartes postales que jeunes gens et jeunes filles ont pris l’habitude de s’envoyer. » Les bureaux de tabac vendent beaucoup de tabac fin, beaucoup de demi-londrès de trois sous. Dans une commune de 152 électeurs, il y a 50 permis de chasse ; les fusils Lefaucheux sont partout réformés et remplacés par des fusils à percussion centrale. — Un boulanger de hameau portait dans les foires des échaudés connus sous le nom de tortillons : il s’est établi à la petite ville voisine, a monté une biscuiterie avec quatre fours, un moteur à pétrole, dix ouvriers et tous ses produits vont à la clientèle rurale. — Le maire d’une commune des environs de Lectoure a noté que cet hiver une importante consommation d’huîtres a été faite par les petits paysans et les métayers. — Une grosse maison d’étoffes et de confection d’Agen me signale qu’elle renonce à faire faire des vêtemens en série : sa clientèle de village supporte mal le moindre retard dans la mode, parce que la plus petite ouvrière, travaillant à la journée, n’entre pas dans une maison sans le dernier numéro du journal de modes. Lu jeune fille la moins fortunée, invitée à une noce, ne consente s’y rendre que si elle a deux costumes, l’un pour la journée, l’autre pour la soirée. — Depuis six mois, pour me documenter, après m’être lavé les