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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/598

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cette ligne ne prospère que grâce à son directeur technique, ingénieur remarquable qui l’a construite et l’a sauvée en ne l’abandonnant pas. L’administrateur s’est réservé la partie financière. Pour prouver qu’un personnel chinois était mieux à même d’administrer que les Européens, les dividendes ont été augmentés l’année dernière, mais aux dépens de l’entretien et des réparations. Le chemin de fer de Shang-haï à Ilang-chan a été tracé et construit par les Chinois : 170 kilomètres en terrain plat, avec quelques ponts sans importance. Il est neuf, et déjà en mauvais état. Il serait facile de multiplier les exemples. Le Chinois n’a aucun esprit de suite, son système d’éducation l’incite à ne rien entretenir, il ne sait pas prévoir. Dans l’Empire, tout se ruine. Alors il faut reconstruire et c’est une nouvelle source de profits illicites.

Les gouvernemens occidentaux pressent sur leurs agens diplomatiques afin d’obtenir des concessions de chemins de fer, des emprunts, des achats de matériel de guerre… Il se fait à cet égard à Pékin une concurrence à peine croyable, une surenchère dont les Chinois profitent et dont les Européens paient les frais. Certaines maisons puissantes offrent à perte, espérant par ce moyen écarter les concurrens et s’emparer du marché. La flatterie vient en aide à la réclame. Elle émane parfois de très haut. Les journaux chinois écrivaient dernièrement : « L’empereur d’Allemagne vient de faire connaître au prince régent le plaisir que lui cause le choix du nouveau ministre de la Guerre (ancien ministre de Chine à Berlin parlant bien l’allemand). Il profite de cette occasion pour l’assurer de son désir d’être agréable et utile à la Chine en toutes circonstances. » La démarche des Etats-Unis, demandant l’internationalisation des chemins de fer mandchouriens, si nettement repoussée par le Japon et la Russie, avait probablement le même but. Le gouvernement de Washington ne peut pas ignorer que ni les Japonais, ni les Russes, n’évacueront les lignes qu’ils gardent en exécution des clauses du traité de Portsmouth. De tels procédés ont pour conséquence des exigences plus grandes du gouvernement chinois. Aussi, dès maintenant, toute garantie des emprunts offerts pour la construction des chemins de fer est-elle refusée. L’Empire chinois veut créer un grand réseau. En ce moment, 3 100 kilomètres sont en exploitation, 1 600 en construction. Celle-ci est presque partout arrêtée faute de fonds. Pour créer