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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/577

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continuité de la famille. Le groupement auquel l’individu appartient compte seul et répond de lui et de ses actes. Ainsi dans le cas d’une faillite frauduleuse, il n’est pas possible de faire passer ses biens sur la femme ou sur les enfans, la famille est responsable. Aussi le failli a-t-il soin de disparaître. L’autorité du chef de famille s’exerce sans contrôle. Dans certaines régions, l’infanticide se pratique, principalement sur les filles quand les moyens de nourrir les parens âgés viennent à manquer. Les autorités essaient mollement de s’y opposer, sans succès d’ailleurs. Un jeune homme de mauvaise conduite ou manquant aux lois du respect, est parfois attaché, oublié, et meurt de faim. L’esclavage est reconnu par les lois. Il est fréquent de voir les pères de famille vendre leurs enfans, surtout leurs filles, moyen souvent employé pour éteindre une dette. Dans leurs premières années, les enfans sont très choyés, les Chinois les aiment. Plus tard l’obéissance absolue leur est inculquée, au besoin par la violence. Le père frappe le fils, quel que soit l’âge de celui-ci. La désobéissance aux parens est considérée comme faute criminelle. L’enfant est ainsi élevé dans une atmosphère d’observances, d’humilité et de soumission aveugle où son individualité ne peut pas se développer. Des superstitions sans nombre, des croyances aux présages, aux sorts, à l’action incessante des esprits, une crédulité enfantine, en font un être craintif, pusillanime, obséquieux et sans volonté. Il est dès lors facile à entraîner. Ainsi s’expliquent les séditions et les émeutes fréquentes. Comme tous les cœurs faibles, lorsque excité par des chefs il est sur de l’impunité, il devient féroce et affreusement cruel. L’éducation donnée dans la famille ne comporte aucune instruction. Un dixième à peine de la population sait lire. L’enfant du peuple ne reçoit un commencement d’instruction que grâce à l’action du groupement supérieur : le clan.

La continuité de la famille amène son épanouissement en branches nombreuses, provenant de la même souche. Dans nombre de villages les habitans appartiennent au même clan. Le temple des ancêtres est érigé et entretenu à frais communs. Dans les grandes agglomérations, ces temples sont donc nombreux. Les rites resserrent les liens de cette nouvelle grande famille. Le clan assure la protection de ses membres, par l’action de ses notables sur les mandarins. En être exclu définitivement ou même temporairement, est un grand malheur. Que devient