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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/574

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exemple. Les habitans des 18 provinces de la Chine ne sont pas de même origine. La langue usuelle est différente et le Chinois du Nord ne comprend pas le Chinois du Sud. Mais leur éthique est la même. Elle est fondée sur les doctrines de Confucius et de Mencius. Voici plus de 2 000 ans que ces doctrines façonnent le cerveau chinois. Elles lui ont donné une forme que le contact de la culture occidentale ne saurait changer, car des siècles sont nécessaires pour modifier l’intellectualité d’une nation convaincue de la supériorité de sa civilisation. La Chine est dans ce cas. De tout temps, son orgueil fut immense. Les désastres passés ne l’ont pas diminué et les événemens de la guerre russo-japonaise lui ont donné une impulsion nouvelle. Le raisonnement des Chinois est simple. Ils disent : Une des plus grandes puissances de l’Europe a été refoulée par les Japonais, nation de cinquante-deux millions d’habitans. Nous sommes plus de quatre cents millions. Comme culture intellectuelle, ils nous sont également inférieurs. Leurs lettrés ne sauraient se comparer aux nôtres, et reconnaissent nous devoir leur civilisation. Ils ont eu le bon sens de s’approprier les méthodes scientifiques et les engins des Européens. De là leurs succès. Lorsque nous aurons acquis les connaissances techniques nécessaires, les étrangers seront écartés. Nos ingénieurs exploiteront nos ressources et, s’il en est besoin, des millions de soldats nous feront respecter.

Le gouvernement chinois ne se demande pas si l’état du pays comporte l’exécution d’un pareil programme. Son orgueil ne lui permet pas d’en douter. Dès maintenant, il réunit des troupes nombreuses, mais que valent-elles ? Il crée hâtivement les organes nécessaires à la vie de l’armée nouvelle. Les élémens de ces organes ont-ils l’aptitude suffisante ? Leur liaison est-elle assez assurée pour que l’ensemble puisse fonctionner ? Certes, on peut constater le désir de faire oublier que de tout temps le militaire fut tenu en mépris. Mais la volonté impériale se heurte à des senti mens provenant de coutumes séculaires et d’un enseignement philosophique ayant la force d’une religion.

La philosophie de Confucius, — 550 ans avant Jésus-Christ, — s’applique à la morale ainsi qu’à la manière de vivre. Elle a pénétré dans tout le système politique et social et formé l’âme de la nation. Le bouddhisme métaphysique et le Tao-Taoïsme matérialiste sont acceptés, mais ne sont pas religion d’Etat. Le