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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/518

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ni la sainteté du mariage, ni la clôture des couvens, ni les lois de la nature, ni celles de la parenté [1]… »

Si c’étaient de tels monstres que l’on avait pour Papes, au jugement du concile (et il n’était pas plus indulgent pour les compétiteurs de Jean XXIII), autant valait s’en passer.

Ce sentiment se répandit, et notamment en France. Le courant porte l’époque vers une organisation de l’Eglise où les évêques, les prêtres, même les simples fidèles revendiquent une part toujours croissante de l’autorité. Les preuves seraient innombrables. Parmi ces tentatives d’organisation plus localisées, deux tendances se manifestent : l’une, et c’est la plus puissante, en apparence du moins, vise une constitution oligarchique de l’Eglise remettant le pouvoir aux prélats, aux universités, aux docteurs appuyés sur les pouvoirs civils ; l’autre, conforme au désir plus discret du bas clergé, des moines, de certaines communautés, tendrait plutôt à réclamer des institutions démocratiques qui remettraient aux fidèles l’autorité que des mains indignes ont laissée péricliter. De Wyclef à Jean Huss, de Jean Huss aux Vaudois, des Vaudois à Luther, cette tradition ne se perdra pas [2].

Des esprits aussi prudens, aussi pondérés, aussi généreux que Gerson mettent en des axiomes, dont le retentissement se prolongera pendant des siècles, l’inquiétude qui se répand de plus en plus parmi les âmes : « L’Eglise militante est plus nécessaire que le Pape ; car, on peut se sauver sans Pape et, hors de l’Eglise, il n’y a pas de salut. L’Eglise est meilleure que le Pape, parce que le Pape est fait pour l’Eglise ; or, comme dit Aristote, la fin est meilleure que les moyens ; l’Eglise est plus

  1. Abbé Guettée, Histoire de l’Église de France (t. VII, p. 292). — Cf. Noël Valois, la France et le grand Schisme (t. IV, p. 310-312).
  2. C’est surtout au Concile de Bâle que l’on voit bien les trois thèses en présence : la thèse autocratique pontificale, en la personne d’Eugène IV qui, après avoir signé la capitulation aristocratique, dissout de son autorité le concile avant qu’il ne soit rassemblé (Réunion du concile, 23 juillet 1431 ; dissolution 18 décembre 1431) ; 2° la thèse aristocratique qui prétendait subordonner le Pape au Collège des cardinaux et au Concile général ; 3° la thèse démocratique, consignée dans les deux règlemens du 29 avril et du 26 septembre 1432, qui assure, dans le concile, une majorité écrasante au bas clergé et lui subordonne le Pape et le haut clergé. Voyez la thèse de Nicolas de Cusa dans Pastor, Histoire des Papes (t. I, p. 292-297). « Il est impossible de mesurer le danger que coururent alors la Papauté et l’Église, » dit Pastor. — On est mal renseigné sur l’attitude des Congrégations. Sainte Françoise Romaine conseilla au Pape de céder : ce qu’il fit, comme on sait, au début.