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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/504

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ecclésiastiques… Sur le surplus, je n’en ferai autre chose. » Croirait-on, qu’à cette heure suprême, on essaie d’obtenir d’elle, encore, des déclarations au sujet de la « couronne » apportée au Roi. Cauchon a promis quelques précisions réclamées par les Anglais. Mais elle se tait maintenant : « J’aime mieux mourir ! »

Délibérations et sentences nouvelles. Elle est déclarée relapse, excommuniée, hérétique. Le mercredi matin, 30 mai, Martin Lad venu vient la prévenir qu’elle sera brûlée : elle se lamente sur cette mort affreuse : — « Mon corps net et entier qui ne fut jamais corrompu sera consumé et réduit en cendres !… » « J’en appelle à Dieu, le grand juge, des grands torts et ingravances qui me sont faits. »

Martin Ladvenu était autorisé à l’entendre en confession et à lui donner la communion. Cauchon vint lui-même. Elle lui dit : — « Evêque, je meurs par vous… Vous m’aviez promis de me mettre aux mains de l’Eglise et vous m’avez laissée aux mains de mes ennemis. » L’hostie fut apportée, assez irrévérencieusement, par un certain maître Pierre (probablement Pierre Maurice). On tâcha d’arracher à Jeanne de nouveaux aveux, de nouvelles rétractations ; le tout fut relaté, plus tard, dans un procès-verbal que le greffier, quoique présent, refusa de signer… Suite et preuve nouvelle de l’opération frauduleuse.

Immédiatement, à neuf heures du matin, Jeanne sort du château de Bouvreuil. Une immense multitude emplit les rues. Elle est traînée sur une charrette. Sept ou huit cents soldats font escorte et maintiennent la foule. On n’était pas sans craindre quelque mouvement. Jeanne s’écrie, comme elle parcourait les rues : « Rouen, Rouen, mourrai-ci ? Seras-tu ma maison dernière ? » A la place du Vieux-Marché, on la fait monter sur un échafaud ; les juges sur un autre échafaud, en face. Nicolas Midy prêche la condamnée. Il a pris pour texte la parole de saint Paul : « Et si l’un des membres souffre, tous souffrent avec lui. » Il parle longuement. Jeanne l’a écouté avec des larmes et des lamentations qui émeuvent toute l’assistance.

Le discours fini, Cauchon se lève, l’admoneste, lit la sentence qui la condamne, la rejette de l’Unité de l’Eglise et la livre au bras séculier. Après quoi, les juges ecclésiastiques quittent l’estrade et s’en vont : car l’Eglise ne doit pas assister aux supplices qu’elle ordonne. Cauchon pleura. (Procès, II, 352.)