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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/501

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— « Je veux tenir tout ce que l’église ordonne, tout ce que vous, juges, voudrez dire et prononcer ; du tout je m’en rapporterai à vos ordres… » Puis, à plusieurs reprises, elle aurait dit : — « Puisque les gens d’Eglise décident que mes apparitions et révélations ne sont soutenables ni croyables, je ne les veux croire ni soutenir du tout, je m’en rapporte à vous et à la sainte Eglise. »

Il est incontestable, qu’à ce moment, des clercs qui étaient près d’elle, Guillaume Erard, Massieu (homme d’ailleurs suspect), insistaient pour lui arracher quelque paroles de désaveu. Erard, qui ne voulait pas perdre le bénéfice de son discours, lui disait : — « Tu abjureras et tu signeras présentement cette cédule ou tu seras brûlée. » Les plus favorables la suppliaient de jurer pour sauver sa vie. Ils ajoutaient, qu’en ce faisant, elle serait délivrée de prison. On lui disait aussi (c’est elle-même qui en témoigne) qu’on la remettrait dans les prisons ecclésiastiques où elle serait gardée par des femmes. C’est ce qu’elle désirait le plus ardemment et cette promesse est à peu près la seule chose qui la frappe.

Érard tire de sa manche une cédule préparée d’avance et insiste pour qu’elle abjure. Elle dit qu’elle ne sait ce que c’est qu’abjurer ; elle demande conseil à l’huissier Massieu. On lui crie, de la foule : « Jeanne, faites ce qui vous est conseillé ; voulez-vous vous faire mourir ? » Jeanne hésita longtemps : — « Vous prenez trop de peine pour me séduire, » dit-elle à Erard ; et ce trait suffit pour la montrer toujours vigilante et sur ses gardes.

Les Anglais commençaient à prendre tout cela en mauvaise part. Warwick disait : — « Les affaires du Roi vont mal, cette fille va nous échapper. » Mais Cauchon lui répond à mi-voix : — « Seigneur, n’ayez cure, nous la rattraperons bien. » Un secrétaire du roi d’Angleterre accusait Cauchon d’être traître au Roi. — « Vous en avez menti, riposte l’évêque, et vous m’en rendrez raison ! » Lui, sait où il va.

C’est alors que, d’après le procès-verbal, Jeanne se décide et fait signe qu’elle consent. Elle prononce, à haute voix, ces paroles qu’il est possible d’interpréter dans l’un ou dans l’autre sens : — « Qu’elle se soumettait à l’Eglise, en priant seulement saint Michel de la conseiller et de la diriger. » A la rigueur, c’est une adhésion. On lui lit la formule d’abjuration, toute préparée, encore une fois et, d’après le procès-verbal, elle appose une croix.

Il est à peu près démontré que Jeanne, à cette époque,