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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/495

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Jeanne, d’une longue requête extraite des interrogatoires. Jeanne sera questionnée de nouveau et aura à répondre sur les points relatés en ce mémoire.

Les positions sont prises ; Jeanne le sent ; cependant, elle luttera jusqu’au bout. On a l’habileté, à cette heure, de lui offrir un conseil : — « Parce que vous n’êtes ni assez docte ni assez instruite en ces matières ardues… nous vous offrons de choisir pour conseil tel des assistans qu’il vous plaira désigner. » Mais Jeanne : — « De ce que vous m’admonestez de mon bien et de notre foi, je vous remercie et toute la compagnie aussi. Quant au conseil que vous m’offrez, aussi je vous remercie ; mais je n’ai pas l’intention de me départir du conseil de Notre Seigneur. »

Jeanne laisse couler, pour ainsi dire, le long exposé de d’Estivet, bourré de toutes les accusations, de toutes les légendes, plus ou moins grossières et suspectes, qui ont pu être recueillies sur elle. A peine, de temps en temps, un sursaut. Par exemple, sur la question de l’inspiration et du sens individuel : — « Je crois bien que Notre Seigneur le Pape de Rome, les évêques et autres gens d’Église sont établis pour garder la foi chrétienne et punir ceux qui y défaillent ; mais, quant à moi, de mes faits, je ne me soumettrai qu’à l’Eglise céleste, c’est-à-dire à Dieu, à la Vierge Marie, aux saints et aux saintes du Paradis. Je crois fermement n’avoir pas failli en notre foi et, pour rien au monde, je n’y voudrai faillir. »

De même, quand on insiste de nouveau sur le vêtement d’homme et qu’elle a dit et répète encore, avec tant de raison, que c’était rien, moins que rien, elle relève vivement d’Estivet qui lui reproche de ne pas se consacrer aux ouvrages de femme : « Quant aux œuvres dont vous me parlez, il y a assez d’autres femmes pour les faire ! » Cette belle humeur, cette promptitude constante met en fureur ces chats fourrés qui ne manquent pas de lui en faire un crime et d’accuser son esprit de moquerie et de dérision. Le courage est gai ; la violence est triste.

Jeanne maintient ses dires au sujet de sa mission, au sujet de l’expulsion des Anglais avant sept ans, au sujet de la formule Jhesu Maria, gravée sur l’anneau que lui ont donné ses païens, inscrite sur son étendard et en tête de ses lettres. Elle affirme, de nouveau, qu’en ce qui concerne ses révélations, elle n’a demandé conseil à personne, « à évêque, à curé, ou autres. »