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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/490

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reconnu le Pape de Rome… Comment les juges de Rouen ont-ils pu se procurer ces deux lettres, celles du comte et celle de Jeanne, dont ils font donner lecture à l’audience, ainsi que d’autres documens qu’ils citent ? On ne sait : il n’est pas impossible qu’ils aient trouvé des complicités dans l’entourage de Charles VII. La Pucelle nie que la lettre soit absolument conforme à ce qu’elle a dicté ; elle dit, sous serment, avec une prudence extraordinaire, qu’elle n’a jamais fait allusion à trois souverains pontifes et elle ajoute que, pour elle, elle ne croit « qu’au Pape qui est à Rome. »

C’est alors qu’elle prédit la victoire définitive du Roi, qu’elle annonce la prise de Paris, « un gage plus grand qu’Orléans, » avant sept ans, et sa propre « délivrance » dans les trois mois : « Parlez-moi dans trois mois, je vous répondrai. »

L’évêque remet sur le tapis la question du secret et du signe. Jeanne est visiblement exaltée, fatiguée par une interminable audience ; c’est alors qu’on l’amène à parler de « l’ange » et de « la couronne. »

Le 3 mars, elle paraît réconfortée. Ses voix lui ont dit : « Aie bon courage et gai visage ! » C’est une de ses meilleures journées : « Je disais quelquefois à mes gens : « Entrez hardiment parmi les Anglais, et moi j’y entrais ! » — « Les pauvres venaient à moi volontiers, pour ce que je ne leur faisais pas de déplaisir et, qu’au contraire, j’aimais à les supporter. »

Ces réponses simples et hardies qui arrachent un cri d’admiration au greffier lui-même, doivent se répandre, ébranler les esprits. L’évêque décide que les interrogatoires suivans auront lieu en secret. Pendant six jours consécutifs, il y a réunion chez l’évêque pour délibérer, pour réviser les interrogatoires et préparer les audiences décisives. L’évêque a besoin d’un aide nouveau pour interroger ; cette fois, c’est Jean Delafontaine. Le 10 mars, on précise au sujet de « l’ange » et de « la couronne ». Même sujet, le 12 mars, dans deux interrogatoires successifs, l’un le matin, l’autre l’après-dîner. C’est le débat « politique. » On accable Jeanne de questions perfides. A-t-elle mandat divin pour désigner Charles VII ? On veut nourrir le réquisitoire sur ce point capital.

Certainement, les procès-verbaux sont forcés dans le sens où les juges entendent les employer. L’incohérence des questions le prouve. Elle se débat, répète souvent : — « Mais tout cela n’est