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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/432

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l’esclavage, aient souvent fait figure d’alliés ou d’adversaires respectables à côté des Européens, soit que la moindre différence des physiologies ait fait tolérer les unions des blancs plus volontiers avec les Indiens qu’avec les nègres. Mais, entre les anciens habitans et les nouveaux maîtres, le clergé s’efforçait d’élever des barrières infranchissables. Les Jésuites ont certainement fait beaucoup pour conserver la race des Guaranis ; ils avaient, dans leurs Réductions du Paraguay, trouvé le secret d’amener ces indigènes au travail de la terre ; nous ne discuterons pas ici sur les avantages matériels, commerciaux, que cette direction des Guaranis assurait à l’ordre de Saint-Ignace ; reconnaissons que, les Jésuites expulsés, personne n’a su les remplacer comme éducateurs de ces indigènes ; tant qu’ils avaient été les maîtres, leur zèle s’employait surtout à détourner de leurs catéchumènes les gauchos de la Pampa argentine, et les bandeirantes du Brésil méridional ; ils se refusaient aussi à les placer sous l’obédience de l’évêque de Buenos-Ayres.

Et pourtant, si morcelée que fût cette société coloniale, entre des élémens rivaux, entre des coteries assidûment avivées, un mouvement irrésistible de fusion, d’amalgame, préparait obscurément l’avenir des nationalités futures. On a beaucoup reproché aux Espagnols d’avoir détruit des races ; il serait plus juste de prétendre qu’ils en ont transformé plusieurs et que, sauf dans les premières années de la conquête, ils ne pratiquèrent jamais la politique d’extermination, qui fut celle des pionniers anglo-saxons, en Australie et dans l’Amérique du Nord. La religion des Aztèques, qu’abolit la conquête de Cortez, était extrêmement sanguinaire ; celle qui a dressé, sur les ruines du temple de Montézuma, la cathédrale de Mexico, n’a jamais, malgré les cruautés de l’Inquisition, érigé en rite familier les sacrifices humains. Il vaudrait la peine, mais ce n’est pas le sujet du présent article, d’étudier de près le régime des encomiendas ou assignations d’indigènes et celui de la mita, ou corvée d’exploitation des mines ; on corrigerait alors des exagérations qui reposent évidemment sur une critique insuffisante des faits et des textes. Ni l’immigration, ni l’accroissement végétatif de la population n’expliqueraient que l’Amérique méridionale ait compté, vers 1810, plus de dix millions d’habitans, si les natifs avaient été systématiquement détruits.

L’administration espagnole a ainsi légué à l’avenir un moule