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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/42

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rapprochement général se fait à Nevers, au milieu des banquets et des beuveries. Les princes français se trouvent réunis autour de la royauté remise à sa place, il est vrai, mais payant chèrement le sacrifice d’honneur et de soumission qu’ils lui consentent. Tel est le véritable sens de la paix d’Arras, 1435.

L’Angleterre n’a pas voulu souscrire à l’entente préparée à Nevers. Tant mieux ! Si elle eût accepté les conditions qu’on lui offrait alors, la France ne se fût peut-être jamais reconstituée. Son refus laissait le champ libre aux fidélités françaises groupées autour de la dynastie légitime. Henri VI, qui n’avait pas su se battre et vaincre, ne sut ni négocier ni conclure.

Le Duc de-Bourgogne fut plus avisé et plus sage. Rentré au giron, sa loyauté et son honneur étaient saufs, de même que sa puissance était intacte. Mieux valait avoir failli être roi que d’être roi en effet. Jamais la Bourgogne ne fut plus grande : il fallut la folie du Téméraire pour ruiner cette formidable maison que la persévérance, l’habileté et la ruse avaient élevée et qui, si elle eût duré, eût couvert de son ombre les destinées de l’Europe.

Jeanne d’Arc avait tout vu, tout prévu ; ce qu’elle avait conçu s’était réalisé. Selon sa parole au duc d’Alençon : « plus il y avait du sang de France, mieux cela valait. » Dans la négociation comme dans l’action, elle avait toujours discerné le point exact, la décision juste et utile. On avait obtenu la paix, « mais à la pointe de la lance. »

Cette paix victorieuse, elle était allée la chercher à Compiègne : elle se jeta dans la ville, sachant qu’elle serait prise « avant la Saint-Jean, » mais voulant, avant de mourir, faire à Paris, « à ce cœur mystique de la France, » à la France elle-même, un rempart de son corps et de son martyre.


Dans le drame de l’abandon, on voit Jeanne plus étroitement mêlée aux choses humaines. C’est ici que le côté mystérieux de sa mission apparaît le moins, mais c’est ici que la qualité naturelle de son esprit et de son cœur se découvrent le mieux. Elle a des idées et des volontés militaires et politiques parfaitement définies et circonstanciées. Son bon sens, sa clairvoyance, sa fougue, décident et tranchent, quand la prudence ou la pusillanimité des conseillers royaux ânonnent et reculent. Ou il faut renoncer à prendre les mots dans leur sens habituel, ou il faut reconnaître, dans cette netteté et promptitude de la conception et