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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/417

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bien pensé à vous tous et au retentissement de ce coup imprévu, au milieu de vos mondanités de la saison. Vous voilà repliée sur vous-même et sur votre petit cercle tout éploré et tremblant. Car c’est à vous toujours, n’est-il pas vrai, qu’on demande appui et courage. Et je sais qu’on ne le demande pas en vain. Je vous vois trop occupée et préoccupée des peines et des soucis des vôtres pour essayer de détourner vers moi si peu que ce soit de votre attention. Je veux seulement que vous me sachiez en accord avec votre chagrin et que vous témoigniez à vos chers enfans et en particulier à M. D… toute ma cordiale sympathie, ne m’oubliez pas auprès de vos bons parens. Fidèlement vôtre.


Montauban, 1902.

Ma chère amie,

Savez-vous ce que c’est que des troubles de la circulation ? Je l’ignorais, moi qui vous parle, il y a encore une dizaine de jours. Maintenant me voilà instruit. Des troubles de la circulation, c’est une maladie qui vous oblige à rentrer directement de Paris à Montauban sans s’arrêter à Périgueux. J’ai beaucoup souffert de ce malaise — sans rire. J’ai déjeuné du reste chez L… quatre jours après ma première alerte et la veille de la seconde, c’est-à-dire en pleine horreur de moi-même, en pleine angoisse.

Le lendemain, je me sauvais de Paris et ici même, en pleine sécurité montalbanaise, le triste fantôme a fait sa troisième apparition.

Le troisième avertissement, et après ? Et après ? Il ne faut pas y penser. Et il ne faut pas non plus me demander ce que j’ai et le nom du fantôme qui me hante.

Un fantôme pour rire, assurent les médecins. Et peut-être ont-ils raison. Mais vraiment je ne suis pas en train de rire. Troubles de la circulation ? Je m’excite en traits noirs là-dessus et j’arrive au plus déplorable lyrisme. Puis, quand les nerfs sont trop tendus, viennent alors toutes les mièvreries, les délices innocentes des convalescences. J’en suis là cet après-midi. Et j’en profite pour vous écrire. Imaginez-vous un homme en suspens sur les abîmes et qui s’amuse à regarder une fleur, — et il est heureux, en attendant nue le vertige le reprenne.