Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/407

Cette page n’a pas encore été corrigée


de la nature. La ronde des saisons tourne devant moi, mais je n’entre plus dans la danse. C’est fort triste à éprouver, tout cela, et un peu ridicule à exprimer aussi. Le monsieur qui baisse, le vieux monsieur plaintif est une chose connue et qui prête moins à la sympathie qu’à la caricature. Commenter Salomon est de l’inutile rhétorique. Et voilà qu’après m’être décidé à vous écrire, je commence à regretter mon silence. Au moins aurai s-je pu le rompre d’une façon moins prétentieuse. Excusez-moi et donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de vos santés, de vos plaisirs, de vos ennuis même ; parlez-moi de vous, de monsieur D…, de vos chères Tototes. Aidez-moi à me représenter votre vie tonkinoise. Que je vous voie à Hanoï comme je vous voyais à Cayenne !

Reprenez bien vite le contact, je vous en prie. Et j’aurai grand plaisir aussi à savoir quelque chose de Rochefort. C’est un long détour, mais Loti en France me semble plus loin que vous en Asie.

Tous les miens vous envoient leurs meilleurs souvenirs, ma chère amie, et moi l’expression de ma très humble, très repentante et très vive amitié.

E. P.


Capdeville, 9 octobre 1896.

Chère amie,

Il me faut toute la confiance que j’ai dans votre belle santé pour n’être pas inquiet de vous savoir encore là-bas pour si longtemps. Le danger est déjà de trop, même avec le charme qui fait qu’on le brave, comme à Cayenne où vous aviez été tant et si profondément émerveillée. Mais le danger avec le dégoût, je n’imagine pas de pire supplice. Et c’est le vôtre. Je vous plains de tout mon cœur de le subir. Et je suis bien impatient d’en voir la fin ! Jusqu’au mois de mai prochain, que c’est long ! Il est vrai qu’il y aura le grand événement dans l’intervalle. Et peut-être est-il déjà arrivé et que ma lettre vous trouvera en plein emménagement de cette mignonne existence. Un garçon, oui, évidemment il le faut. J’en félicite M. D… d’avance. Votre lettre m’a trouvé, comme vous le supposez, à Capdeville où nous avons passé nos vacances, je ne dis pas l’été, parce qu’il n’y a vraiment pas eu d’été ; pas de chaleur du tout et à peine