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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/39

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de nouveaux renforts anglais arrivèrent ; l’armée de secours n’apparaissait pas.

Pourtant, la ville tenait bon. L’été se passa ainsi, sans qu’elle fût entièrement bloquée, « vu la grandeur du tour. » Guillaume de Flavy, Philippe de Gamaches, abbé de Saint-Marcou et, surtout, les habitans de la ville redoublèrent d’efforts. Les villes environnantes envoyèrent des hommes d’armes, des approvisionnemens. Les gens du bâtard d’Orléans, Poton de Xaintrailles, qui n’avaient pas quitté la contrée, jetaient par petits paquets du secours dans la place. Le Duc de Bourgogne manquait d’argent, les soldats mal payés, mal nourris, malades, « se départoient. » Philippe le Bon lui-même rentra dans ses Etats où d’autres affaires l’appelaient (4 août 1430).

Il laissa la lieutenance à Jean de Luxembourg : celui-ci ne fut pas plus heureux. A force, l’armée de secours s’était constituée, et elle avançait sous les ordres du comte de Vendôme, un fidèle de Jeanne, avec Boussac, Xaintrailles, La Hire, Chabannes, Alain Giron, tous les vaillans hommes dont les noms sont unis à la gloire de la Pucelle. Une formidable bastille que Jean de Luxembourg avait construite vers la forêt, dans la direction de Pierrefonds, pour achever l’investissement, fut attaquée à la fois par le dehors et par les assiégés dans un assaut furieux auquel les femmes elles-mêmes prirent part. Ce fut la journée décisive (24 octobre).

Jeanne d’Arc, du fond de la tour de Beaurevoir, prisonnière de ce même Jean de Luxembourg, savait, voyait sans doute : « Interrogée si elle fut longuement en cette tour, répond qu’elle y fut quatre mois ou environ… Interrogée quelle fut la cause pour quoy elle saillit de la tour, répond qu’elle avoit ouy dire que ceulx de Compiègne, tous jusqu’à l’âge de sept ans, dévoient estre mis à feu et à sang… Interrogée si ce sault ce fut du conseil de ses voix, répond Saincte Catherine lui disoit presque tous les jours qu’elle ne saillist point et que Dieu luy aideroit et même à ceulx de Compiègne ; et ladicte Jehanne dict à Saincte Calherine : « Puisque Dieu aideroit à ceulx de Compiègne, elle y vouloit estre… » « Enfin pour le doubte des Anglois (la crainte d’être livrée aux Anglois), saillit et se commenda à Dieu et à Notre-Dame et fut blécée. Et quand elle eut sailli, la voix Saincte Catherine lui dict quelle fict bonne chière et qu’elle gariroit et que ceulx de Compiègne airoient secours… Item dit qu’elle