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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/382

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Autrefois, à Paris, on croyait que la femme était un moyen d’arriver à une position, on la considérait comme une échelle qui conduisait à la fortune. Autant de maîtresses, autant d’échelons ! N’est-ce pas, actuellement, le contraire ? Car, pour leur agréer, c’est la Position plus encore que l’Argent qu’il leur faut. Elles couchent avec le Rang, le Renom, l’Entourage social, tout comme font les hommes. Quant au demi-monde, du moins, cela est incontestable.


A mesure que la prostitution des femmes diminue (se modifie ou se cache), celle des hommes s’étend. Le corps peut être moins vénal, soit ! Mais l’esprit arrive à une banalité, aune promiscuité sans exemple.


L’acteur Ravel a créé le genre des amoureux ridicules. Comptez dans combien de pièces, dans combien de livres, l’amour est maintenant ridiculisé, — et plaignez-vous ensuite de la bassesse du théâtre et du roman, — sans compter celle de la vie !

Autre face de la question : cet acharnement contre l’adultère est peut-être moral ? Pour se sauver des passions, il faut d’abord en rire.


Indiquez-moi une maison où l’on cause littérature ! ! !


Arrivés à la cinquantaine, les gens d’esprit font sérieusement ce qui les aurait fait pouffer de rire à vingt-cinq.


Ne plus aimer Paris, signe de décadence. Ne pouvoir s’en passer, marque de bêtise.


Les savans se décernent le titre d’écrivain aussi facilement que les poètes s’attribuent celui de penseur.


Il y a, dans toute indignation, une faute de jugement — une envie sourde — et une vertu.


Dans l’adolescence, on aime les autres femmes, parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première ; plus tard, on les aime, parce qu’elles diffèrent entre elles.