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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/368

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fond de la Tartarie pour construire les grandes lamaseries ; il partage l’admiration des Asiatiques « pour ces belles toitures dorées des temples bouddhiques, qui résistent à toutes les intempéries des saisons et conservent toujours une fraîcheur et un éclat merveilleux, » et pour leurs bijoux « qui ne feraient pas déshonneur à des artistes européens. » La colonie newari, que le missionnaire français a connue à Lassa, compte aujourd’hui 3 000 individus.

Aujourd’hui les descendans de ces Newars restent encore séparés de la société gourkha ; ils ne servent pas dans l’armée, ils vivent partagés en deux communautés : Bouddhistes pour deux tiers et Brahmanistes pour le dernier. Le respect de la caste, du fait des femmes bouddhistes principalement, doit bien subir quelques atteintes. Le Newar n’a qu’une femme légitime, qui doit être de sa caste, mais il peut prendre ses concubines dans des castes inférieures, sans toutefois franchir la limite de celles dont sa caste « peut recevoir l’eau. » Il n’a pas la jalousie féroce du Gourkha et pratique aisément à l’endroit des femmes une douce et pacifique philosophie. En cas d’adultère, le divorce est de droit et le complice doit restituer au mari tous les frais du mariage. En dehors de la haute société, qui affecte les préjugés hindous, on prétend que la jeune fille jouit avant le mariage de beaucoup de liberté, elle s’absente pendant une ou deux semaines sans en rendre compte à sa famille ; mariée, pour quitter son mari, il lui suffit de mettre deux noix de bétel sur le lit et de se retirer. En l’absence du mari, elle peut prendre un intérimaire, mais il lui est défendu de choisir au-dessous d’elle ; il serait vraiment bien difficile de lui accorder un régime plus libéral.

Ce peuple d’artistes, d’industriels, de cultivateurs, ce peuple qui, seul parmi ceux de l’Himalaya, possède une littérature, serait noyé depuis longtemps dans la grande Inde anglaise sans le batailleur et arrogant Gourkha qui l’a soumis. La vertu militaire domine tout en lui, et les arts de la paix le laissent indifférent. Moins affiné, moins bien doué que le Newar, il se plaît au milieu des champs, il aime à compter ses jours par les minutieuses cérémonies de son culte, la vie de société ne le tenté pas. A la chasse qu’il adore, il est prodigieux d’adresse et de courage, mais il ne peut guère s’y livrer que dans le Téraï. Il se plaisait autrefois aux violens et dangereux exercices, à ces luttes à