Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/365

Cette page n’a pas encore été corrigée


à la tête d’éléphant, et une autre, plus terrible, couronnée d’une guirlande de crânes.

Le temple est au milieu d’une cour entourée par les galeries ouvertes du vihara dont les fines colonnettes, au rez-de-chaussée, forment cloître. Aux deux étages, de jolies fenêtres varient à l’infini leurs encadremens de bois sculpté : au premier, les ouvertures peu saillantes sont à double meneau dans les parties centrales, tandis qu’au-dessus un balcon clos par des grillages historiés s’évase vers le ciel et se perd sous l’avancée du toit.

La pagode, posée sur une étroite plate-forme, présente, sur ses quatre faces, trois grands portails que surmonte un fronton et que prolongent des panneaux sculptés revêtus, sur la façade d’entrée, de très beaux cuivres dorés. Les jambettes de force, qui supportent les toits de bronze doré superposés, sont décorées à profusion de feuillage, de fruits, de personnages aux bras multiples. Des lions ou des éléphans sont au bas des quatre escaliers et de petites coupelles de cuivre pour l’huile des lampes bordent la plate-forme. Aux angles de la première façade se détachent deux hauts piliers indépendans. L’un biseauté, posé sur une énorme tortue et couronné d’un chapiteau en lotus épanoui, sur lequel se dresse une haute coquille enroulée, la çankha, décorée d’une branche de lotus. L’autre se pare d’un bouclier, le disque de Vichnou, qui remplace un ancien Garouda brisé. Ce pilier posé à même le sol, carré à sa naissance, prend plus haut la forme octogonale, puis se multiplie en seize faces pour s’achever arrondi. Il porte à la base la fameuse inscription de Mana Deva, datée de 386 après Jésus-Christ, hommage glorieux rendu par le fils à sa mère, la reine Rajayvali.

En avant du temple, un personnage de grandeur naturelle, le cou entouré d’un naga (serpent), est incliné sur un genou ; il a le beau nez aquilin de certains Bouddhas et répond assez bien au portrait du Garouda brisé, sans les ailes. Un léger portique au cintre arrondi est élevé en son honneur devant une pyramide de toits parasolés, nouvelle marque de respect. Les gens qui m’entourent l’appellent Jataï, mot qui veut dire vautour. Après enquête, Jataï est bien le Garouda tombé du pilier de Mana Deva que M. Sylvain Lévi avait vu brisé, abandonné dans un coin. C’est la monture, le « véhicule » de Vichnou qui ne transpire pas seulement à la fête des serpens mais encore en cas