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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/357

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bien c’est un autre souverain Malla qui étincelle sous ses dorures à côté de sa Hani minuscule. Ce symbole donne quelque soupçon de l’opinion que Narendra professait à l’égard des femmes. Tous les styles, tous les cultes asiatiques, toutes les époques se rejoignent au Népal, depuis les antiques stoupas du grand Açoka jusqu’aux pagodes qui ont peut-être servi de modèle à la Chine, en passant par les temples hindous, empruntés au Brahmanisme ou même au Jaïnisme, et par les vieux tchaityas que fréquentent encore les Tibétains. Le plus grand de ces monumens est le Bouddbnath. Rentrée de Patan à Katmandou, j’allai le visiter le lendemain.

Dès le matin, le temps est magnifique. La clarté de l’atmosphère permet d’apercevoir, derrière un premier cercle de montagnes verdoyantes, les pics de la grande chaîne blanche émergeant des nuées. Là, une pointe fuse ; ici un cône ou bien une pyramide fait saillir son arête ; ailleurs, une longue ligne court et réapparaît de distance en distance. Dans la vallée, les vieux arbres développent leur superbe membrure. Bien qu’on ne rencontre pas au Népal les grandioses forêts du Cachemire et du Wardwan ou celles que j’ai traversées, sur la route du Tibet, dans le Sulledj, à une bien plus haute altitude, les arbres ont ici, cependant, une belle puissance. Les rosiers, les buissons fleuris répandent dans l’air leur parfum ; mais ils embaument bien plus encore au printemps, lorsque les orangers, les citronniers, les lilas sont en fleurs.

Partout, dans les villages, contre les murs et sur les nattes étendues au soleil, les viandes de la Dessera, coupées en lanières, sont déjà desséchées et durcies. Il m’est arrivé, au Tibet, de manger sans déplaisir des viandes préparées de la même façon et conservées un an ou deux, mais dans un air tout à fait sec que ne connaît point l’humide et plantureuse vallée népalaise. C’est aussi le temps des cerfs-volans et des balançoires. Celles-ci sont suspendues partout aux branches des grands arbres, ou bien au point de jonction de trois perches, ou encore attachées à une traverse portée par quatre montans. Les hommes lancent l’escarpolette à des hauteurs vertigineuses et les femmes s’y risquent bravement avec leur flot d’étoffe ramassée dans les jambes. Le chemin raccourci que mes hommes imaginent de prendre pour gagner le Bouddnath n’est pas fait pour des voitures ; mais les solides landaus du Maharaja passent partout,