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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/354

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si peu et à si bon marché. Il n’y a pas de banque à Katmandou, mais, ayant eu besoin de 600 roupies, il m’a suffi de faire traite sur le Comptoir d’escompte de Bombay pour que l’argent me fût rapporté du bazar une heure après.

J’aperçois de-ci, de-là, suspendus à quelques temples, des accessoires bizarres ; des cornes de buffles immolés voisinent avec des ustensiles domestiques : vases de cuivre, plats, poêle à frire, miroirs, chromolithographies saisissantes, images chinoises. Dans quelle pensée ce bric-à-brac désuet est-il exposé, je n’ai pu le savoir. Souvent aussi, dans les villes ou à la campagne, de longues cordes chargées de chiffons multicolores couverts de prières, de mantras, rattachent le temple principal, le tchaitya bouddhique, soit aux quatre plus petits qui l’entourent souvent, soit à quelque maison. Les mantras agitées et récitées par les vents chassent les mauvais esprits.

Bien que les nouvelles constructions des Gourkhas soient dépourvues des boiseries artistiques des Newars, l’aspect des maisons, même à Katmandou, est très agréable. Parfois, l’étage inférieur est fait de briques unies dont la couleur ocre contraste avec les panneaux de bois, sculpté et noirci par le temps, qui forment les étages supérieurs toujours intéressans sous leurs grands toits. C’est depuis la construction du haut temple de Talejou que les maisons à étages superposés furent autorisées dans la ville. Tous les voyageurs se sont plaints de la saleté excessive et de l’odeur infecte des villes du Népal ; je dois rendre témoignage des soins apportés par le Maharaja à la voirie. Le désordre m’y a paru moindre que dans la plupart des villes d’Orient et l’odeur du radis fermenté qu’affectionnent Newars et Gourkhas est, le grand air aidant, vraiment supportable.

Un soir, il y avait fête dans les palais des Mabarajas ; dans le plus voisin de la Résidence, dont je distinguais, à travers les arbres, la toiture illuminée à l’électricité, l’orchestre a, jusqu’à onze heures, joué de la musique européenne. Ils célèbrent, eux aussi, la Dessera qui commémore, nous le savons, le triomphe des dieux sur les démons. La lutte fut longue et difficile ; ce fut la Devi Dourga qui assura la victoire définitive. Un grand démon, le plus terrible de tous, s’était caché dans le corps d’un innocent buffle. La déesse, avec son cimeterre, coupa la tête de l’animal, puis, lorsque le démon, obligé de sortir,