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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/345

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la langue de la montagne, le Parbatya, et nithi par les Newars.

Daris cette solitude apparaît une jolie fille : elle est préposée aux repas des énormes poissons, semblables à des carpes, qui peuplent le tank, si gloutons qu’il en meurt plusieurs par semaine. Je l’ai photographiée, son plateau d’osier chargé de provisions sur les bras, et avec elle les femmes du Subadar et du Jemadar, capitaine et lieutenant de l’escorte britannique. Mon appareil a eu l’étrenne de leurs uniformes neufs ; jaquette rouge, culotte bleu foncé, bandes noires, patti aux jambes, et, sur la tête, le turban bleu, blanc, jaune, joliment tourné sur le toquet en pointe métallique qui dépasse.

Le temps me presse de me rendre à Bhatgaon, à 14 kilomètres de Katmandou. Ancienne capitale des princes Newaris, Bhatgaon, avec ses 40 000 habitans, dont un tiers est encore bouddhiste, mérite une longue visite. La ville est peuplée de temples ; le Panthéon du Bouddhisme et du Brahmanisme amalgamés compte d’innombrables dieux. L’enceinte à peine franchie, le grand temple de Narayana me retient longuement. Il se dresse au-dessus de plusieurs terrasses disposées en gradins et, sur l’escalier de la façade, deux rangées d’animaux symboliques montent la garde : éléphans, sardouls ou chimères, bœufs et personnages. Un double étage de toitures hardies fait briller haut dans le ciel des pointes de cuivre. Tout auprès, le Dharm-sala, destiné aux pèlerins, présente au rez-de-chaussée une longue galerie ouverte dont j’admire les charmantes colonnes en bois sculpté. Au premier plan sont assis deux animaux de bronze à l’aspect féroce. La façade est ornée d’élégantes fenêtres diversement disposées et ouvragées, fermées souvent par de fins treillis formant moucharabiés. Au-dessus, s’avance un long balcon fermé dont les panneaux de bois brun ajouré se perdent sous la grande ombre du toit.

Les édifices religieux se succèdent et, dans les cours des uns, à l’extérieur des autres, on voit tout un monde grouillant, coloré et bizarre, de statues et de bas-reliefs. Plus loin, une grande place s’impose aux regards ; le Palais royal, le remarquable Durbar de Bhopatindra Malla, achevé en 1697, en occupe tout un côté ; sur le pourtour et au milieu, s’amoncellent les pagodes et les temples aux toits coloriés ou dorés, variés de forme et de décor. Les plus beaux temples brahmaniques se dressent auprès de la demeure du Roi très religieux qui fit élever le plus