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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/295

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n’en était pas un seul qui ne sût avoir mal fait en prenant parti pour l’Angleterre.

Puisque cette femme avait osé dire que leur cause périrait, il fallait que cette femme pérît. Ils sont donc là, tous réunis. La tragédie des Lancastre a ses rendez-vous ici ; les drames de France et de Bourgogne ont leur nœud ici ; les alternatives des deux conciles qui décident du sort de la chrétienté se rencontrent ici : ces docteurs, qui se sont connus à Constance, ont hâte de quitter la place du Vieux-Marché pour courir à Bâle. L’évolution des consciences se décide ici ; cette bergère somme les docteurs à sa barre ; les droits de la pensée libre, de la vocation, les limites de l’indépendance et de la soumission, les relations de l’âme avec l’Eglise militante et l’Eglise triomphante, c’est-à-dire avec la terre et avec le ciel, trouveront des définitions d’une précision surprenante et d’un tact incomparable dans les réponses de Jeanne d’Arc.

Ils sont tous là, pour l’accabler, les hommes d’Etat, les conseillers, les prélats, les clercs, les soldats… elle est seule.

Le mercredi 21 février, à huit heures du matin, en la chapelle du château de Rouen, Jeanne d’Arc, qui se nomme, elle-même, Jehanne la Pucelle, vêtue en homme, avec un chaperon noir, cheveux taillés en rond au-dessus des oreilles, chemise d’homme, tunique courte, jaquette, braies, chausses attachées par des aiguillettes, pâle et les yeux brillans du long séjour dans la tour obscure, est amenée devant ses juges.


GABRIEL HANOTAUX.