Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/240

Cette page n’a pas encore été corrigée


longtemps sans doute. Mais M. le président du Conseil obtiendra-t-il cette confiance pleine, entière, sans réserves, sans arrière-pensée, qu’il a demandée en ajoutant qu’il n’en voulait pas d’autre ? Il est déjà, lui, un trop vieux routier parlementaire, pour y compter tout à fait. Quelle qu’ait été, sur ce point particulier, la netteté, la fermeté de son langage, les cœurs garderont leur secret ; il en est d’ailleurs qui s’ignorent encore ; et les mains ne livreront que des bulletins de vote. Les Chambres, surtout lorsqu’elles sont jeunes, votent sur des impressions, qui sont changeantes. Les majorités trop fortes s’égrènent et diminuent. Quoi qu’il en soit, M. Briand a tenu le langage d’un homme de gouvernement ; il a rompu avec le combisme en annonçant des procédés nouveaux ; il a fixé les yeux sur un idéal politique élevé et il l’a montré à la Chambre ; son discours aura du retentissement dans le pays. Il était difficile de lui demander plus au début d’une législature : pour la suite, à chaque jour suffira sa peine.


La question crétoise vient de se poser à nouveau, avec un caractère assez aigu. Nous avons rendu compte, il y a quelques semaines, des incidens qui se sont produits à La Canée et ont manifesté une fois de plus ce qu’il y a dans la situation crétoise d’équivoque, de contradictoire et d’inquiétant. L’Assemblée nationale s’étant réunie, les députés ont prêté serment au roi de Grèce ; nous parlons des Chrétiens ; comme il était naturel et très légitime de leur part, les députés musulmans ont refusé de prêter un pareil serment, à la suite de quoi ils ont été exclus de l’Assemblée. Celle-ci s’est alors séparée, pour se réunir de [nouveau le 28 juin. Il fallait qu’avant cette date les puissances protectrices, c’est-à-dire l’Angleterre, la Russie, l’Italie et la France, se fussent prononcées sur les prétentions crétoises et sur les protestations de la Porte. La Porte a protesté, en effet et non sans cause. Les puissances lui ont promis autrefois de maintenir intégralement sa souveraineté sur l’île : comment nier que l’acte de l’assemblée crétoise portait, ou du moins avait pour objet de porter atteinte à cette souveraineté ?

Il convient de préciser, autant que possible, une situation sur laquelle on a, depuis quelque temps, accumulé les nuages. Le gouvernement crétois a remis aux consuls des puissances une note ayant pour objet d’expliquer et de justifier sa conduite. — Nous demandons, dit-il, et nous appliquons le statu quo, rien de moins, rien de plus, et nous sommes fondés à croire que nous n’en avons pas dépassé les limites : le statu quo, en effet, c’est le gouvernement de l’Ile par le roi