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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/221

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Toutes les douces fleurs, dont les urnes de miel
Distillent un parfum presque immatériel,
Comme devant l’autel qu’une fumée encense,
Embaumeront vos pas de leur suave essence.
Le nostalgique appel des bêtes, dans les prés,
Dont vibrent puissamment les horizons pourprés,
Se fondra dans le calme et limpide sillage
D’une oraison qui passe ou d’un chant qui voyage.
Et l’Astre*moribond, prodigieux témoin
De qui l’ample agonie étale encore au loin
Des plaines d’hyacinthe et des champs d’améthyste,
Finira moins lugubre et s’en ira moins triste
De savoir que, tandis qu’il s’enfonce abîmé,
Un plus divin soleil en vous s’est allumé.


LE LAURIER


Tandis qu’aux Dieux de l’ombre enfin le jour s’immole
La ligne de coteaux pâlissans que bleuit
La marche insidieuse et lente de la nuit
Se velouté, plus tendre, et s’estompe, plus molle.

L’héroïque incendie où flamba l’Occident
Croule avec les tisons embrasés qu’il dévore,
Et la lueur sanglante et rouge empourpre encore
Le colossal bûcher du sacrifice ardent.

Mais déjà l’horizon s’évapore en fumées
Qui tordent vaguement leurs panaches obscurs
Et qui dérobent, tels de gigantesques murs,
Les vestiges épars des splendeurs consumées.

Le soir éclaboussé de somptueux lambeaux
L’une après l’autre éteint ses gemmes et ses moires,
Dont la magnificence au fond de nos mémoires
Evoque des passés légendairement beaux.

Or, c’est aussi l’instant de ma vie où décline
La rapide jeunesse aux regards surhumains.
La cendre de l’amour s’échappe de mes mains,
Et nul n’a consolé ma croyance orpheline.