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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/218

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SOIR DE JUIN


Aux onduleux soupirs des gorges des colombes
Qui semblent se pâmer d’ivresse, tu succombes,
O jour sans fin, dans un crépuscule si doux,
Que je courbe la tête et fléchis les genoux
Sans savoir si l’Amour entendra ma prière.
Un souffle langoureux hante la cyprière
Et murmure une antienne interminable aux morts.
Est-ce en moi la pitié qui pleure ou le remords !
Est-ce le vain désir de goûter quelque joie ?
L’astre pourpré s’échancre, et l’orbe qui rougeoie
Eclabousse de braise ardente l’horizon.
Mon âme bat de l’aile au fond de sa prison,
Elle ordinairement calme et si résignée.
Dans une gloire d’or l’atmosphère est baignée.
Le visage attendri qui s’incline souvent
Sur ma muette extase et mon espoir fervent
Me regarde et m’emplit de célestes lumières ;
Et loin, très loin, vers les collines coutumières,
La limpide clarté qui défaille et s’en va,
Evoque le destin des choses qu’on rêva.
Au firmament, que l’ombre envahit et satine,
Mon oraison se mêle à la plainte argentine
Des cloches, ajoutant un peu d’éternité
A la molle fraîcheur, au charme velouté
D’un tel soir, dont la grâce unique et vaporeuse
S’exhale en des parfums d’ambre et de tubéreuse
Or, tandis que les bœufs et leurs bouviers épars
Jusqu’au nocturne abri marchent, de toutes parts ;
Tandis que la Nature entière se replie
Dans un chaste repos fait de mélancolie ;
Cependant qu’attirés vers les pays élus,
Voyagent des appels mystiques d’angélus,
Et que le pâle azur de longs crêpes sn voile,
Chaque goutte d’airain se fige en claire étoile.