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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/214

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Plaignant ceux qu’à leur fange rive
Le poids fatal des lourds instincts,
Hôte allier du soleil, j’atteins
A la resplendissante rive.

Puis, sans hâte je redescends
Comme un navire ailé qui sombre,
Alors que s’écroulent dans l’ombre
Des vestiges incandescens,

Et que déjà la nuit balance
Au-dessus des brasiers épars
Qui s’effondrent de toutes parts
Les doux fantômes du silence.


LE DERNIER SOIR


Il viendra, je l’attends, le soir fidèle et grave
Où, las de ma tristesse et las de mes remords,
D’un vol je m’enfuirai vers les ancêtres morts,
Tel un captif qui brise une suprême entrave.

Il approche, le soir calme, le soir dernier
Qui doit, dans la torpeur que le mystère frôle,
Libérer mon esprit de la terrestre geôle,
Comme on ouvre un cachot à quelque prisonnier.

Ainsi que les exils invoquent les patries,
Je l’appelle et l’implore et lui tends les bras, sûr
Qu’en des ondes de grâce et des houles d’azur
Lui seul rajeunira mes tendresses flétries.

Ah ! cet évangélique et désirable soir,
Dont chaque baume épars dans un souffle m’effleure,
Quand il magnifira le seuil de ma demeure
Aurai-je encore assez de force pour le voir ?

Oserai-je, les mains jointes comme en extase,
Lui dire avec des mots vagues et caressans
L’ivresse d’horizons infinis que je sens
A l’heure où l’occident transfiguré s’embrase ?