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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/189

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commencement du XIXe siècle 902 hectares de bois communaux et elle n’en a plus que 345 aujourd’hui. Il détaillait ensuite des diminutions semblables à Cevins, la Bâthie, Montvalezan, Pralognan, Beaufort et autres communes du même département, et il concluait que la Maurienne et la Tarentaise avaient perdu, depuis cent ans, 23 pour 100 de leurs forêts. Mais de tous ces chiffrés aucun n’est fondé. Héry-sur-Ugine avait, en 1800, un territoire à cheval sur les deux rives de l’Arly, double de celui qu’il possède aujourd’hui. En 1904, on le scinda : la rive droite de l’Arly resta territoire d’Héry, la rive gauche devint territoire de Cohennoz ; de sorte que les 537 hectares de bois perdus par Héry sont aujourd’hui forêts de Cohennoz. Voilà comment Héry s’est forestièrement appauvri. Toutes les autres communes désignées ont encore la même quantité de bois qu’en 1800, sinon davantage. Mais leur cas n’est plus le même. Pour les unes, comme le code forestier français interdit formellement le pâturage de la chèvre en forêts soumises au régime forestier et crée des obstacles au pâturage du mouton, après l’annexion de 1860, l’administration abandonna à la gestion municipale certains communaux boisés, afin que le pâturage caprin ou ovin, exigé par les besoins locaux, y pût être continué ; mais les bois ainsi distraits n’ont point disparu, il y en a même qui depuis ont gagné en densité. Pour les autres, on leur prête des surfaces forestières qu’elles n’ont jamais eues, en comptant comme forêts des communaux situés au sommet des montagnes et désignés par le cadastre sarde de 1730 sous la dénomination de « pâturages et bois, » mais qui n’étaient « bois » qu’en très faible partie, car à cette époque, croyant que les arbres n’auraient jamais de valeur dans ces hauts parages, on ne prenait pas la peine d’y distinguer ces deux genres d’état. La situation forestière de la Savoie, il y a un siècle, est donnée par la belle « Carte Militaire des Alpes, » dressée au 1/200 000, par Raymond, capitaine au corps des Ingénieurs géographes, et éditée en 1820. Quoiqu’elle ait négligé certains taillis qui certainement existaient déjà, elle tend à prouver que cette province possédait alors moins de forêts qu’aujourd’hui.

Mais il n’y a pas de région qu’on aurait déboisée avec autant de vandalisme que les Pyrénées. La dévastation aurait commencé au XVIIe siècle avec l’introduction des forges catalanes et les exploitations de la Marine, et y serait continuée de nos jours