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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/17

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Philippe le Bon la lieutenance générale de Paris et de toute la France du Nord. Il reçoit les pleins pouvoirs de gouvernement sur Paris, les villes et bailliages de Chartres, Melun, Sens, Troyes, Chaumont en Bassigny, Saint-Jaugon, Vermandois, Amiens, Tournaisis, Saint-Amand et sénéchaussée de Ponthieu, en un mot sur tout le pays conquis, sauf la Normandie ; de telle sorte que le chroniqueur contemporain peut résumer la situation nouvelle en cette phrase décisive : « Fut ordonné que le duc anglais Bedford seroit gouverneur de Normandie et que le Duc de Bourgogne seroit régent de France. »

Mais il faut des garanties plus stables encore, la conquête effective. Voilà ce que le ministre le plus autorisé de Philippe le Bon négocie en Angleterre. Tandis qu’on promet la paix au déplorable entourage de Charles VII, Hugues de Lannoy machine tout un nouveau plan d’attaque combiné entre Angleterre et Bourgogne contre le même roi Charles. Il rédige deux Mémoires, qui ont été heureusement conservés et qui nous font connaître le fonds et le tréfonds de cette astucieuse politique.

De ces deux Mémoires, l’un visait surtout l’action militaire concertée des deux alliés et l’autre leur intervention dans les affaires du royaume de France [1].

Pour la guerre, il faut la faire ensemble ; mais pour les dépouilles, Bourgogne se réserve d’en disposer.

Hugues de Lannoy proclame la nécessité de l’alliance anglo-bourguignonne : « Il semble, considéré que Mgr le Duc de Bourgogne congnoist la grant mauvaiseté etmalivolence que ses ennemis ont eu et ont envers lui (au lendemain de la trêve du 28 août ! ) et encore se travaillent de faire autant chascun jour, que il lui est chose nécessaire de bien entretenir les alliances des Anglois. » Ceci dit, après quelques phrases d’usage en faveur de la paix, on ajoute que c’est la guerre qu’il faut préparer, et cela plus tôt que plus tard, c’est-à-dire avant la Noël, date fixée pour l’expiration de la trêve. Le roi d’Angleterre doit se préparer à passer lui-même sur le continent « en haute et grande puissance » et se mettre en mesure d’aller se faire, à son tour, sacrer à Reims ; il convient qu’il facilite, par des subsides et

  1. Voyez Potvin, Œuvres de Ghillebert de Lannoy. Louvain, 1878, in-8, et Notice sur Hugues de Lannoy, dans Comptes rendus de la Commission royale de Belgique, 1879 (p. 117-138). — Les deux Mémoires sont publiés dans Champion Guillaume de Flavy p. 142-148).