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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/146

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L’Eglise nationale, l’Eglise d’Etat, a-t-elle su discipliner un esprit religieux aussi puissant ? Je sais que beaucoup de protestans n’admettent plus qu’on « discipline » l’esprit religieux ; mais ce n’est pas notre faute s’ils ont changé ; et, comme l’Église luthérienne suédoise a combattu pendant plus de deux cents ans pour y parvenir, la question n’a rien de superflu.

Elle a commencé par s’installer solidement au centre de la vie morale et intellectuelle du pays, dont elle essayait de couper les relations avec les pays idolâtres. Une ordonnance de 1686, qui n’a pas encore été rayée, porte qu’on doit conseiller aux enfans de ne pas aller dans les pays étrangers, de peur qu’ils ne s’infectent, d’hérésies et qu’ils n’en rapportent le germe en Suède. « S’ils y vont, qu’on prenne garde à qui on les remet ! » Est-ce à cette ordonnance qu’il faut attribuer l’idée assez répandue chez les Suédois que nulle part on n’enseigne mieux le français qu’en Suisse ? Ce serait donc le seul effet qu’elle eût produit, car je ne crois pas que, depuis 1686, les Suédois aient moins voyagé. D’ailleurs, l’Eglise se trompait : rapporter des germes d’hérésie en Suède, c’eût été y apporter des boutures de pins. Ses Synodes tenus tous les six ans dans chaque évêché, ses Assemblées Paroissiales convoquées au moins trois fois par an, ses Conseils d’Eglise, mettaient à la merci du clergé non seulement l’enseignement public, mais encore la vie intérieure de la famille.

Les Conseils d’Eglise avaient l’œil ouvert sur les mœurs et surveillaient l’éducation des enfans. Ils citaient devant eux les époux qui faisaient mauvais ménage, et, s’ils le jugeaient à propos, leur enlevaient leurs fils et leurs filles pour les confier à une institution plus morale. Ils devaient surtout s’opposer à ce qu’on propageât des doctrines mensongères. Cette vigilance, dont la rigueur s’est relâchée dans les villes, subsiste encore dans les campagnes. Le pasteur y a maintenu l’usage des « examens de famille. » Il choisit une salle publique ou une maison particulière et y convoque tous les habitans du village qui comparaîtront devant son grand registre et seront interrogés sur les articles du catéchisme. Huit ou quinze jours avant l’examen, me racontait un habitant d’une commune lointaine, les maîtres, les maîtresses, les valets, les servantes, les repassent avec fureur. Le garçon d’écurie les repasse en étrillant