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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/111

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par la Gazette de l’Allemagne du Nord, organe habituel de la chancellerie, contre la publication des annonces immorales et demande aux éditeurs, dans l’intérêt de leur propre réputation, comme dans celui de la presse allemande, de refuser toute annonce suspecte. Le ministre de l’Instruction publique adresse de son côté aux inspecteurs académiques une circulaire pour leur recommander un contrôle attentif des livres remis aux élèves (avril 1910). Instructions analogues en Suisse. A Genève en particulier, le chef du département de l’Instruction publique écrit : « De divers côtés on demande que des mesures soient prises contre la littérature immorale. Le département de l’Instruction publique de Genève croit de son devoir d’appuyer vivement les efforts ayant pour objet de mettre la jeunesse à l’abri de ce danger. »

Là le terrain est donc bien préparé.

Il n’en va malheureusement pas de même en France, et c’est chez nous que des difficultés peuvent être à craindre. Non que le gouvernement ou les tribunaux soient hostiles. Le gouvernement, en provoquant la réunion de la conférence, a suffisamment témoigné sa résolution de participer aux mesures réclamées par le péril de l’heure présente. Quant aux juges, lorsqu’ils sont saisis et peut-être est-ce trop rarement, ils se montrent fermes et sévères.

Mais il y a un revers de médaille. Si de vives adhésions sont données par les principaux organes de la grande Presse à la thèse d’une vigoureuse répression, il y a un parti contraire, et il n’est pas sans influence.

C’est d’abord la tourbe des intéressés. Elle ne comprend pas seulement l’ignoble pornographe que tout le monde renie, il faut y joindre tout ce qui, dans le journalisme, les arts et les lettres, a quelque œuvre risquée à défendre. Ceux-là sont nombreux et il y a parmi eux de réels talens. L’audace est un moyen si facile de forcer la renommée, et une certaine élégance de libertinage a tant de vogue ! Il y a encore ceux que la légèreté de leurs mœurs, quelque tare de leur vie privée ou simplement le dédain de toute morale rangent parmi les ennemis naturels de tout frein.

Tout ce monde a peu d’autorité sans doute. Mais il parle haut. Il a d’ailleurs ses journaux, ses défenseurs attitrés, ses protecteurs. Il a même ses associations.

L’une d’elles, formée un jour dans un café des boulevards