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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/954

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REVUE DES DEUX MONDES.

datif dont l’histoire ne ratifiera pas la complaisance. Qu’a donc fait cette Chambre pour mériter les éloges qui lui ont été décernés ? L’impôt sur le revenu ? Elle l’a voté, il est vrai, mais dans des conditions irréalisables, et, s’il est un jour appliqué, ce ne sera qu’après des transformations qui l’auront rendu méconnaissable. La Chambre a-t-elle fait la loi des retraites ouvrières ? Non, cette loi, d’ailleurs manquée elle aussi, a été l’œuvre de la Chambre antérieure et du Sénat : la Chambre actuelle s’est bornée à la voter les yeux fermés, sans y changer un seul mot. Qu’y a-t-il donc à son actif ? Le rachat de l’Ouest, conception socialiste dont la réalisation coûte 50 millions par an. Et si c’était la seule charge dont la Chambre a aggravé le budget, on pourrait s’en consoler. Malheureusement il n’en est rien. Le caractère propre de la Chambre qui va disparaître est d’avoir été une assemblée dépensière ; elle l’a été au jour le jour, au hasard des surenchères qui lui étaient présentées et auxquelles elle a cédé ; elle l’a été longtemps sans même le savoir, et il a fallu qu’au dernier moment M. Jules Roche lui présentât le total de dépenses auquel elle avait abouti pour qu’elle commençât à sentir son imprudence. Si elle ne l’a pas compris, le pays le fera à sa place.

Nous empruntons à M. Jules Roche des chiffres qui n’ont pas été sérieusement contestés, et qui ne pouvaient pas l’être. En 1906, au début de la législature, nos dépenses s’élevaient à 3 milliards 709 millions : elles atteignent aujourd’hui 4 milliards 185 millions, ce qui fait une augmentation de plus de 500 millions. La dette, — dette consolidée et dette remboursable, — s’élevait en 1906 à 30 milliards 647 millions : elle atteint aujourd’hui 34 milliards 947 millions, ce qui fait une augmentation de 4 milliards 300 millions. La dette viagère atteignait, capitalisée, 9 milliards 358 millions, il y a quatre ans ; elle s’élève aujourd’hui à 10 milliards 156 millions ; elle a donc augmenté de 798 millions. Au total, l’augmentation de notre dette globale est de 5 milliards. Et si on ajoute les dettes locales à celle de l’État, on atteint, on dépasse même un total de 50 milliards. Ce sont là des chiffres, c’est-à-dire des faits. Quel en a été le contre-coup sur le budget ? Celui de 1906 présentait une insuffisance de recettes qui a nécessité un emprunt de 57 millions : l’emprunt nécessité par le déficit de 1910 atteindra en chiffres ronds 200 millions. On sait que M. le ministre des Finances, dans l’audace et la confiance du premier moment, voulait demander à l’impôt seul de quoi combler le déficit. Naturellement, — on était à la veille des élections, — la Chambre s’est refusée à cet acte d’héroïsme, qui aurait été de sa part un redoutable aveu. Cepen-