Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/749

Cette page n’a pas encore été corrigée
743
LA FAIBLESSE HUMAINE.

Car enfin ! si André Varaise l’avait émue de sa douleur, attendrie par sa fidélité, elle avait eu le courage de briser cette affection si sûre, si droite, dont rien ne l’eût forcée à rougir, venant d’un si noble cœur. Mais ce droit même de l’écouter, si peu que ce fût, pour le convaincre et l’éloigner, l’avait-elle eu ? Peut-être avait-elle mal agi en se laissant apitoyer un instant par un tel élan de passion ; et peut-être, par une obscure justice des choses, est-ce cette faute involontaire qu’elle payait si cher aujourd’hui ? Mais sa franchise répondait :

« Non, je suis restée pure d’intentions à Maurice, à Maurice oublieux, à Maurice parjure. Non, je pourrais le front haut lui raconter tout ce qui s’est passé entre André et moi. Le pourrait-il, lui, de sa trahison avec cette malheureuse ? Comme elle a su l’ensorceler ? D’où vient à ces femmes-là ce don fatal de plaire ? Elle est belle, mais trouble : elle sent la fausseté ; elle a les yeux des créatures vénales. Je n’ignore rien des folies qu’il a commises pour elle ; et ce n’est pas cet argent gaspillé que je regrette ; mais comment a-t-il pu, lui qui est intelligent, lui qui est bon et qui aurait eu jadis horreur de me faire souffrir, lui que j’ai connu si noble et si haut, succomber à de pareilles séductions ? »

Alors elle oubliait ses rancœurs, son orgueil blessé, pour ne plus s’abandonner qu’à l’irrésistible appel de sa douleur, invoquant le retour du coupable au bercail.

« Qu’il vienne, que j’entende sa voix, que je retrouve ses yeux ; même suppliciante, sa présence me sera douce, dans l’amertume. Malheureuse que je suis, je l’aime encore ! Et si j’osais me l’avouer, jamais il ne m’a été si cher que depuis que j’ai la terreur de le perdre !

« Mais non, c’est impossible ! Il a raison, un fossé nous sépare. Comment reviendrait-il à moi ? Et en voudrais-je ? Estce encore le Maurice que j’ai aimé, celui en qui j’avais une telle foi ? En tuant en moi cette sécurité, c’est l’irréparable qu’il amis entre nous. Il a empoisonné l’avenir. »

Les rancunes de la femme trahie, venues de plus loin qu’elle de ses éternelles compagnes de douleur, des premières victimes de la duplicité et de la tyrannie de Maurice, soulevaient en elle leur défi :

« Et c’est à ce fourbe, à ce lâche que je me sacrifie, en pleine jeunesse et force de vie, belle encore, pour d’autres. Pour