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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/721

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REVUE. — CHRONIQUE.

loi aurait pu amuser le tapis pendant tout le temps qu’on aurait voulu. Mais, la session ayant été écourtée, on a reculé devant le monstre et tout a été renvoyé aux calendes grecques, loi sur la corruption et loi sur la fraude. Il semble que la Chambre n’ait voulu retirer de ce débat avorté d’autre avantage que celui d’une déclaration qu’elle a fait faire à M, le président du Conseil au sujet des 15 000 francs qu’elle a attribués à ses membres. Rien n’est plus impopulaire que ces 15 000 francs ; tout le monde en convient, et on s’attend à ce que la question joue un rôle important aux élections prochaines. Il a paru impossible, quelque envie qu’on en ait eue, d’interdire à un concurrent de reprocher à un député d’avoir voté ces 15 000 francs ; mais si le concurrent ajoute qu’il consacrera à une œuvre quelconque l’excédent de 6 000 francs qu’il touchera en sus de l’ancienne indemnité, oh ! alors, le cas deviendra très grave. M. le président du Conseil n’a pas hésité à déclarer qu’il y aurait là un fait évident de corruption. L’élection serait viciée. Cette menace fermera-t-elle la bouche aux concurrens des députés actuels ? L’alternative où on les place est très délicate. S’ils condamnent comme excessive l’indemnité de 15 000 francs, on ne manquera pas de leur dire en ricanant qu’après l’avoir flétrie, ils la toucheront. Et s’ils déclarent qu’après l’avoir touchée, ils la donneront aux pauvres, à un bureau de bienfaisance, à un hospice de vieillards, on se voilera la face en criant à la corruption. Telles sont les manœuvres d’intimidation, d’ailleurs puériles, auxquelles s’est livrée la Chambre expirante. Elles ne relèveront pas beaucoup son autorité morale, et il est probable que le suffrage universel s’en embarrassera infiniment peu.

Quant au Sénat, il a fait acte de bonne volonté envers la Chambre en votant la loi sur les retraites ouvrières. Nous avons parlé assez de cette loi au fur et à mesure que la discussion s’en poursuivait pour n’avoir plus rien à en dire aujourd’hui, ses bases essentielles ayant été posées au début même d’un débat qui a duré une cinquantaine de séances. À l’origine, la loi ne devait s’appliquer qu’aux salariés : depuis on y a introduit de nouvelles parties prenantes, et, après avoir ouvert une voie où on ne devait plus être arrêté par aucun principe, on ne s’y est effectivement arrêté que devant les cris éperdus de M. le ministre des Finances : encore a-t-on déclaré que cet arrêt n’était que provisoire. On ira certainement plus loin, et sous peu ; il suffira pour cela d’avoir un ministre moins énergique que M. Cochery : quant à un budget en meilleur état, il ne faut pas y compter avant