Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/69

Cette page n’a pas encore été corrigée
63
LE ROI ET LA REINE DE NAPLES.

créanciers de l’ambassadeur Campo-Chiaro qui en partant a totalement négligé de payer ses dettes, omissions et inadvertances à réparer, démêlés avec les personnes du service napolitain qui, dépaysées, trouvent tout mal à Paris et semblent s’acquitter de leur fonction par grâce[1]. Parmi les Français, Caroline reçoit ceux qu’elle a intérêt à voir ; elle se tient en relations constantes avec les ministères et les bureaux. Et, le soir, lorsqu’en son appartement du Pavillon de Flore elle est restée couchée tout le jour, il lui faut se lever parce qu’elle a besoin de voir l’Empereur, de lui toucher mot opportunément des affaires du royaume, et aussi parce que Napoléon aime à jouir de sa présence et de sa conversation ; elle doit lui payer en agrémens de société les marques d’intérêt qu’il lui prodigue. Voici comment se passent ses soirées aux Tuileries, en ce mois de décembre :

« Je dîne fort peu, car je ne puis rien manger et je suis au régime. Après mon dîner, je descends assister à celui de l’Empereur. Nous descendons ensuite par les petits appartemens ; nous faisons une partie de billard, et c’est dans ces instans-là qu’il me parle toujours de toi d’une manière fort aimable en me disant : « Eh bien ! notre beau roi de Naples nous aime-t-il toujours ou bien nous boude-t-il ? » Quelquefois il me dit : « Est-il toujours persuadé que je ne l’aime pas ? » Après cela, nous passons dans le salon où on fait entrer les personnes qui ont les entrées, et nous faisons une partie d’husc et ensuite nous allons nous coucher à dix ou onze heures… Bal tous les mercredis chez la princesse Pauline où je danse ordinairement beaucoup, car c’est la seule chose qui m’amuse, quand cependant les étouffemens ne m’obligent à quitter la contredanse, ce qui m’arrive souvent. »

— « Je tâche de distraire Caroline, elle en a bien besoin, » écrivait Pauline à Murat, car Pauline se montrait l’alliée fidèle du ménage napolitain et parfois trouvait le temps de correspondre avec le beau roi. Et rien que l’aspect de ses lettres révèle Pauline, ses goûts de luxe, ses raffinemens, et répond à l’existence dorée et endiamantée que se faisait la folle princesse en cette tragique époque. Son papier à lettres est des plus élégans, de mignon format, glacé, lustré, orné de palmettes et de

  1. Caroline écrivait à propos de ses Napolitains : » J’ai assez de ceux que j’ai, qui sont mécontens de tout ici et qui me font sentir tous les jours le sacrifice qu’ils me font d’être éloignés de leur famille ; j’avoue que j’en ai assez. »