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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/67

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LE ROI ET LA REINE DE NAPLES.

sont découvertes… Cesse, je t’en conjure, toute correspondance ; la tienne avec Aymé a fait un malheur. Quitte aussi toute correspondance avec la Pédante (Mme Récamier ?) ; je sais qu’elle est mal notée et tu finiras aussi par la faire arrêter. L’Empereur ne veut pas qu’on écrive aucune des nouvelles ridicules qui circulent dans la société ; juge, si c’est ainsi dans l’étranger, ce que cela doit être pour sa famille ; mais, au reste, que te font les nouvelles de la France ? Administre ton royaume, fais ce que veut l’Empereur et ne t’occupe d’aucun autre intérêt et qui pourrait faire notre malheur. Tu resteras à Naples ; il n’est point question de réunion, ne sois pas susceptible sur la moindre des choses.

« Je ne réponds pas à toutes les autres questions, car l’Empereur n’est point à mes ordres et je ne puis lui demander à toute minute à lui parler sur les moindres petites choses ; ainsi calme-toi… Pardonne, cher ami, si je te parle à cœur ouvert, mais je vois d’ici ce qu’il faut faire pour notre bonheur. Si ma lettre te fâche, jette-la au feu ; mais au contraire, si tu trouves que je fais bien de te parler avec confiance, permets que je te dise encore une chose. Tous les Français demandent à revenir, ce qui prouve qu’ils sont malheureux, car s’ils étaient heureux auprès de toi, ils demanderaient à rester. Réfléchis à tout cela, mon ami, je t’écris avec effusion, parce que je sais que toutes ces choses te nuisent et que je ne désire rien tant au monde que ton bonheur et ta tranquillité et que tout le monde en parle. Tu crois qu’on ne sait pas tout, tu te trompes. Je crains que mes deux lettres ne te fâchent ; si cela est, je ne te dirai plus rien. Sois tranquille, tout va bien, tout marche bien.

«… Adieu, mon ami, je fais des vœux sincères pour ton bonheur, crois que je ne désire rien tant que ta tranquillité, sois sûr que ce sont les vœux constans de mon cœur. J’embrasse bien tendrement nos chers enfans. Cette lettre est bien longue, elle m’a un peu fatiguée, j’écrirai un autre jour à nos chers enfans. Je t’embrasse bien tendrement. »

Par chaque courrier, la Reine réitère les mêmes avis, les mêmes instances : elle s’épuise à les ressasser : « Je te répète tous les jours la même chose parce que j’en ai la persuasion. » Un jour, après qu’elle a couvert plusieurs pages de sa fine écriture, sa lettre se termine par ces mots de lassitude physique et morale : « Adieu, mon ami, je suis fatiguée d’écrire. »