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LE ROI ET LA REINE DE NAPLES.

L’essentiel serait que Murat rendît pleine confiance à sa femme et lui remît le soin de veiller à Paris aux destinées communes. Or, bien que le ménage soit à l’état de demi-raccommodement, Caroline sent à tout instant poindre des retours de méfiance ; des préventions, des doutes : « Je crains aussi que tu ne comptes pas assez sur moi. Tu ne connais pas mon cœur : lorsqu’il est question de ton bonheur et de ta tranquillité, j’oublie les nuages et les contrariétés. Compte sur moi ; tu n’auras jamais de meilleure amie, ni personne qui te soit plus attaché. Il est vrai que j’ai souffert à Naples, que je n’ai pas été heureuse, mais je sais supporter mes peines. Mais l’idée que tu es malheureux m’est insupportable ; tout se calmera, si tu le veux. L’Empereur s’apaisera, et mets-toi dans l’idée que tous les rois de l’Europe sont comme toi, et l’Empereur a son système et il veut que tu fasses partie du grand Empire… Il faut que tu montres l’exemple, mais ne va pas lui offrir tous les jours ta couronne comme tu le fais, ce n’est point convenable ;… ce n’est point du tout convenable. »

Au fond elle est moins rassurée sur les intentions de l’Empereur qu’elle ne veut le paraître ; tant qu’elle ne l’aura pas vu, l’incertitude de l’avenir la tiendra haletante et torturée. Un jour il lui échappe d’écrire : « Je vois avec plaisir que tu agis de manière à plaire et à contenter l’Empereur ; j’ai cependant besoin de le voir pour être tranquille ; ma santé ne se rétablira jamais avec mes inquiétudes. »


IV

Le retour de l’Empereur est plusieurs fois annoncé, démenti ; le 11 novembre, on apprend enfin que Leurs Majestés sont attendues à Saint-Cloud pour sept heures du soir. La famille, les ministres et dignitaires se précipitent à l’hommage. L’Empereur accueille sa sœur avec intérêt et la trouve maigrie. Il ne tardera pas à lui donner logement au Pavillon de Flore et, dès à présent » lui accorde un service d’honneur. Le premier jour, on ne peut rien lui dire parce qu’il est entouré de toute l’assistance officielle et familiale. Le 16, Caroline obtient un entretien particulier dont elle fait passer à son mari le compte rendu textuel :

« Mon cher ami, je suis allée hier à Saint-Cloud, j’ai trouvé l’Empereur et l’Impératrice dans le salon de famille, ils m’ont