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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/60

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REVUE DES DEUX MONDES.

manière qui ne peut nous convenir. Je l’ai fait venir, et, voyant qu’il restait parce qu’il n’avait pas de quoi s’équiper et s’entretenir, j’ai cru entrer dans tes intentions en lui promettant une pension de 10 000 francs par an, et pour le faire partir, je lui ai fait payer ici 2 400 francs pour s’équiper et 2 500 pour le premier quartier de sa pension. Il va se rendre sous peu de jours à son régiment. Donne des ordres à M. Lechat (agent financier de Murat) pour que sa pension lui soit payée, et pour que je sois remboursée des 4 900 francs que j’ai avancés. Je ne les avais pas, et j’ai été obligée de les emprunter.

« Je dois te dire à ce sujet que je suis ici dans le plus grand embarras. Mon voyage qui a été plus long que je ne pensais m’a coûté énormément par le séjour que j’ai été obligée de faire à Florence et à Turin. Les gratifications et les cadeaux m’ont épuisée. En arrivant ici, j’ai mis tout mon monde en hôtel garni, où le loyer, la table et les voitures se montent à une somme énorme. Moi-même en arrivant chez mon oncle, j’ai trouvé un appartement à peine meublé, et pour ne pas lui être trop à charge, j’ai été obligée de me fournir d’une foule d’objets indispensables et qui ne s’y trouvaient pas. Il serait bien nécessaire que tu m’assignes une somme par mois pendant mon séjour à Paris, et que tu me la fasses toucher régulièrement ici. Nous allons partir pour Fontainebleau au retour de l’Empereur, et il faut que je fasse mettre mes voitures en état, elles sont toutes brisées. Je veux faire ici le moins de dépenses possible, mais celles qui sont indispensables sont encore trop fortes et je n’ai rien pour y fournir. Je te prie de ne pas me laisser dans la gêne où je me trouve et de prendre des arrangemens pour que je touche régulièrement ici ce que tu m’enverras. Je vais être obligée à de grandes dépenses de toilette et mes quarante et un mille francs y suffiront à peine, et j’ai outre cela toute ma maison à soutenir. Mon oncle a les plus grandes attentions pour moi, et ce matin même, j’ai trouvé sur ma toilette ton portrait sur un vase de fleurs. Toute sa maison est à mes ordres, et cela me nécessitera de grandes dépenses lorsque je le quitterai. J’ai dépensé cinquante mille francs pour payer les dettes que je fais ici pour moi et pour ma maison. Ton voyage (le voyage que Murat avait fait à Paris en avril) ne peut être comparé au mien, tu étais, seul, et j’ai beaucoup de monde à nourrir et à indemniser. M. de Campo-Chiaro te dira combien il est nécessaire que tu m’envoies