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LE ROI ET LA REINE DE NAPLES.

de mauvaises impressions sur les sentimens envers la France. Je dois te dire la vérité comme je l’ai apprise de toutes les personnes à qui j’ai parlé, afin que tu n’attribues la colère de l’Empereur qu’à sa véritable cause et que tu ne sois pas exposé à te tromper dans la conduite que tu dois tenir. Les personnes que tu accuses[1] se sont parfaitement conduites et ont montré dans ce qu’elles ont dit une réserve digne d’éloges. L’une d’elles est partie pour la campagne presque en arrivant à Paris, et l’autre se tient renfermée au Marais dans sa famille et ne voit pas même ses anciennes connaissances. M. de Campo-Chiaro te certifiera ce que je te dis là. Ecoute-le, il te mettra au fait de ta véritable position, mais il faudra que tu aies le courage de l’entendre et de le croire. Nos intérêts sont communs ; ils ne peuvent être séparés, et tu peux croire que, pour aucune considération, je ne voudrais te tromper dans une circonstance aussi importante. Il faut que tu ne te laisses jamais écarter du système de l’Empereur, car c’est par-là qu’il jugera que tu lui es certainement attaché.

« Je sais maintenant pourquoi Aymé a été arrêté. L’Empereur a vu par les lettres que tu lui adressais que tu mettais une trop grande importance à l’appeler à Naples, et il a pensé que c’était ton principal agent à Paris. On a surpris des bulletins qu’il t’envoyait dans le Moniteur et dans lesquels il te donnait de mauvaises nouvelles. L’Empereur savait qu’Aymé faisait beaucoup de dépenses à Paris, des parties de filles, et qu’il allait souvent au Cercle des Etrangers où se rendent beaucoup de Russes, et que là il parlait de la guerre avec la Russie. Tout cela a extrêmement indisposé l’Empereur contre lui et l’a déterminé à le faire arrêter. Mais il a fait entendre que ce ne serait pas long, et maintenant qu’il est rappelé par un décret au service de France, il n’y aura pas, je l’espère, beaucoup de difficulté pour obtenir sa liberté. Sois sûr qu’aussitôt que l’Empereur sera arrivé, ce sera une des premières choses que je lui demanderai. Du reste, il est bien traité et se porte bien.

« M. de Lavauguyon est entièrement perdu dans ce pays-ci et l’on ne croit pas que l’Empereur consente à son retour.

«… J’ai trouvé ici ton neveu Bonafous le jeune, et j’ai appris qu’il faisait des dettes, et qu’il parlait de toi et de moi d’une

  1. C’est-à-dire Daure et Lanusse.