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REVUE DES DEUX MONDES.

Lisa (d’un ton résolu). — Je ne me laisserai emmener nulle part !

Jacques. — Lisa, tu as changé ! Je m’étonne de voir comme tu changes de jour en jour !

Lisa (lui souriant, et l’attirant à soi). — Jacques, mon cher imbécile aimé…

Jacques (passionnément). — Si tu m’aimes, eh bien ! sois de nouveau à moi comme auparavant !

Lisa. — Il y a le mariage, Jacques !

Jacques. — Mais nous pouvons fort bien nous marier ! À quoi bon attendre ? J’ai beaucoup étudié, je sais bon nombre de choses. Et puis, ce que je suis à présent, je peux le rester !

Lisa. — Non, tu ne dois pas le rester ! Je me chargerai, moi, de te pousser en avant. Il faut que j’avance !

Jacques. — Oh ! toi…

Lisa. — Moi, je ne suis pas aussi facile à contenter ! Ce n’est pas en vain qu’on a dépensé de l’argent pour mon éducation, comme pour la tienne !


Le dialogue est interrompu par l’entrée du lieutenant de Pasini, type achevé du pique-assiette impudent et plat, que son beau-frère a congédié d’auprès de soi, sur la terrasse, parce que sa vue l’agaçait, et qui n’en vient pas moins, dans le salon, lui préparer docilement des cigarettes. Et bientôt nous voyons reparaître Allenstein, accompagné de ce baron de Radkersberg qui, autrefois, a pourvu à l’éducation de Lisa. Le baron a amené avec lui sa fille, dont le ton involontairement protecteur irrite désormais l’ambitieuse créature ; et le fils du baron est venu aussi, un jeune dadais qui se met tout de suite à tourner galamment autour de l’ancienne compagne de sa sœur, et affecte de ne pas entendre la voix de Jacques Steger, lorsque celui-ci, furieux de son attitude à l’endroit de Lisa, lui enjoint d’aller porter ailleurs ses fades complimens.


À ce long premier acte, dont l’objet est beaucoup moins de nouer une intrigue théâtrale que de nous présenter des caractères minutieusement analysés, à la façon des maîtres classiques, succède un second acte tout plein d’action et de mouvement, mais qui a pour nous le grave défaut de contenir, à lui seul, tout l’intérêt dramatique de la pièce. Dès le lever du rideau, nous apprenons qu’un événement insolite s’est produit au château, dans la matinée. Puis nous découvrons qu’il s’est agi d’un duel, que Jacques s’est battu avec le jeune baron de Radkersberg. Et qu’il a été blessé, d’ailleurs très légèrement. Allenstein est informé de l’aventure à l’instant où, pour la première fois, il s’enhardit à déclarer son amour à la belle Lisa ; et celle-ci, avec