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REVUE MUSICALE.

Dans ce qu’on entendit un soir du mois dernier à l’Opéra, je crains qu’il y ait peu de vérité, voilà tout.

Mlle Grandjean et trois ou quatre de ses compagnes ont représenté, l’une, sous les traits de Nemorosa, les arbres en général et chacune des autres un arbre en particulier. Le bûcheron, c’était M. Delmas. Il a fait de son mieux, comme s’il ne regrettait pas trop la forêt du Freischütz, celle où nous l’entendîmes naguère pour la première fois, celle où chante, comme dit le poète allemand, l’oiseau de ses jeunes années.


La Fête chez Thérèse. On s’est demandé chez laquelle. Serait-ce chez celle-là dont les fêtes en effet laisseront un souvenir dans l’histoire mondaine, politique aussi, de ces derniers temps ? Eh bien ! non. La Thérèse de l’Opéra n’est que celle de la poésie, de la poésie de Victor Hugo. En celle-ci jadis on avait cru reconnaître Laure Junot, duchesse d’Abrantès, dont une variante de la pièce des Contemplations porta le prénom. Mais déjà cette fois il paraît qu’on s’était trompé.

M. Jules Lemaître un jour, après avoir déploré la pauvreté du genre chorégraphique et des sujets qu’en général il comporte, souhaitait de voir confier la composition d’un ballet à quelque poète lyrique épris des formes et des couleurs et qui ait aussi le don de la fantaisie et du rêve… « On a sous la main les contes de fées, des milliers de légendes de tous les pays, le répertoire de la Comédie italienne, les féeries de Shakspeare et toutes les gracieuses inventions des grands poètes, depuis Homère jusqu’à Victor Hugo. » Parmi les « inventions » de ce dernier, celle que feu Catulle Mendès a choisie était favorable à la danse, à toute sorte de danses, mais prêtait moins, beaucoup moins au ballet, faute d’action ou de sujet seulement. Victor Hugo s’est contenté de nous décrire une fête, comédie et mascarade, donnée par Thérèse, la blonde duchesse, en ses jardins : fête de printemps et fête de jour, mais qui dure jusqu’à la nuit. Cela ne pouvait faire et n’a fait aussi qu’un tableau, le second du ballet Mendès-Hahn. Il a fallu le préparer, l’animer, le dramatiser un peu, oh ! si peu que rien ! par un autre et par un semblant (que voici) d’intrigue et d’amourette.

Chez Palmyre, la couturière à la mode, danseuses et grandes dames, Carlotta Grisi parmi les unes, la duchesse elle-même entre autres, viennent essayer leurs costumes pour la fête prochaine. Mimi Pinson, la gentille « première, » préside à ces essais. Pour son malheur, son amoureux Théodore, caché derrière un paravent, y