Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/45

Cette page n’a pas encore été corrigée
39
LA FAIBLESSE HUMAINE.

comme vous puisse ressentir. Et si, par malheur, vous alliez vous mettre à m’aimer pour de bon, ce serait pour vous la tuile, la fâcheuse tuile, celle qui vous tombe sur la tête, et vous rend sourd, aveugle, idiot. Oh ! pauvre ami, que je vous plaindrais, que je me plaindrais ! Voyez-vous cela ! Mais vous seriez insupportable, vous me déclareriez vite odieuse. De la jalousie, des scènes ! Non, non, restons ce que nous sommes, des amis. En bons garçons. C’est beaucoup mieux !

— Je vous aime pourtant, Ginette !

— Si vous tenez absolument à faire une folie, car c’en serait une, quand on a une femme comme la vôtre et qui mérite d’être aimée par l’homme de cœur que vous êtes, eh bien ! vous trouverez sans peine. Tenez, mon amie Alice là-bas qui vous cherche et qui va nous découvrir…

— Ne raillez pas, c’est mal.

— Mais je ne raille pas… Alice, c’est visible, a un faible pour vous. C’est la belle mystérieuse… les complications, les secrets et le crime, — elle vibra drôlement Vi — Pour la passion, vous ne trouverez pas mieux. Mais à votre place, je me méfierais. Et voulez-vous que je vous dise, vous feriez bien mieux…

Alice Comeau-Pierres pénétrait dans le boudoir de l’air le plus naturel du monde.

— Vous ne fumez donc pas ? dit-elle. Le Vigreux vous cherchait.

Dopsent balbutia quelques mots et s’éclipsa, laissant les deux femmes se féliciter à l’excès sur leurs robes et se sourire angéliquement.

Dans la fumée épaisse des cigares, au fumoir, Givreuil venait de raconter une histoire qui soulevait de gros rires. Le Vigreux, ayant aperçu Dopsent en train de réchauffer consciencieusement dans le creux de sa main, pour le mieux déguster, un verre de fine Champagne 1870, — lui dit, en l’attirant dans un coin :

— Mon cher ami, quel flair vous avez eu d’é conduire Pec, l’autre fois ! Entre nous, l’animal est dangereux. Je l’utilise, mais c’est tout. Et je ne sais pas ce qu’il s’est permis de vous dire. Quant au Ministère, vous avez eu bien raison de ne pas le lâcher. La Voix Publique, la première, a reconnu son intégrité.

Le chantage sur l’affaire Soulice n’avait pas éclaté, et pour cause : le gouvernement ayant « obtenu » le silence du journal.

— Vous serez toujours l’homme d’une combinaison minis-