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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/448

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Trompé, bafoué, après une nuit d’espionnage fiévreux, Darcier ira-t-il rejoindre la perfide créature ? Il a plu à l’auteur que la voix du devoir fût la plus forte. Nous nous en réjouissons. Mme Darcier veillera sur lui, non plus comme une femme, mais comme une mère. On a trouvé généralement que cette solution était bien conciliante, et que le théâtre se fait trop indulgent aux folies amoureuses des maris en rupture de ban. Je ne dis pas le contraire.

Mme Marthe Brandès a été parfaite d’émotion juste et de sensibilité contenue dans le rôle de Mme Darcier. M. Tarride a tant de bonhomie, un jeu si sympathique qu’il désarme toutes les sévérités. Il y aurait de l’exagération à louer les autres interprètes.

La Comédie-Française nous a donné cette joie de nous sentir rajeunis de vingt ans. Le spectacle coupé qu’elle nous a offert nous reportait aux beaux jours du Théâtre-Libre. Ce fut d’abord Boubouroche que beaucoup d’entre nous se souvenaient d’avoir applaudi dans sa nouveauté chez Antoine. L’avis général a été que la pièce n’a pas gagné à monter en grade et qu’elle n’est pas à sa place sur notre grande scène classique : je ne suis pas du tout de cet avis. Boubouroche est une farce copieuse, grasse et féroce, tout à fait dans la manière classique. C’est la farce gauloise suivant la tradition. Il ne s’agit pas d’établir des comparaisons redoutables et de déclarer que M. Courteline est un Molière. Mais on peut jouer Boubouroche entre la Jalousie du Barbouillé et le Médecin volant : on aura la sensation que cela sort du même tonneau. Seulement, il sera bon de le jouer avec un peu de gaieté. M. Silvain est d’une gravité qui n’a d’égale que la mélancolie de Mme Lara. Ils nous feraient prendre M. Courteline pour un auteur larmoyant, et Boubouroche pour un drame.

Le Théâtre-Libre affectionnait pareillement ces pièces rapides, sommaires, menées à toute vapeur au dénouement selon la formule du théâtre-express. L’Imprévu de M. Victor Margueritte procède exactement de cette manière dépouillée, décharnée, et qui se refuse à mettre de vains ornemens de littérature autour du fait-divers. La femme de Pierre Vigneul, Denise, trompe son mari avec un voisin de campagne, Jacques d’Amblize. Profitant d’une absence de son mari, elle accourt, la nuit, au rendez-vous. Soudain, rupture d’un anévrisme. Elle tombe morte. Le mari revient à l’improviste. Il trouve auprès de la morte une amie de celle-ci, Hélène Ravenel, qui, ayant récemment vu représenter l’Écran brisé, tente de faire croire au mari qu’elle seule était coupable, tandis que Denise était l’innocence même.