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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/395

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DIMANCHES ANGLAIS CONTEMPORAINS.

l’inspiration est moins heureuse gardent un agrément qui les sauve. Helbeckde Bannisdale doit des parties exquises à l’intimité de l’auteur avec le Westmoreland. La nature n’est pas seulement un spectacle ; elle n’est pas un simple décor où l’action se déroule : elle est le milieu même où vit la plante humaine. Comme le faisait très justement remarquer M. de Wyzewa dans l’article qu’il a consacré ici à Helbecke et que nous avons déjà cité, ce roman est pour la moitié au moins « l’histoire d’une jeune fille qui, au sortir de la fièvre intellectuelle d’une ville d’université, se voit transplantée dans un des plus calmes coins du Westmoreland, et qui se laisse prendre, peu à peu, au charme de cette triste et poétique région. Tout y est, pour elle, imprévu et délicieux, tout y a une âme qui répond à son âme. Et, d’un bout à l’autre du roman, l’auteur nous montre l’action, sans cesse plus vive, qu’exercent sur elle les lieux qui l’entourent. Remarquez ce détail, très significatif : les personnages prennent généralement dehors leurs décisions les plus graves ; ils sortent dans tous les momens critiques. Quand Robert Elsmere arrête sa résolution d’être pasteur, « un soir du mois de mai, il errait seul le long du sentier côtoyant la rivière. » Lorsque Catherine se trouve partagée entre sa tâche au foyer domestique et l’amour de Robert, « elle gagna, au-dessus de la maison, un sentier rocailleux se dirigeant vers la montagne. Carrière d’artiste nous offre nombre d’exemples analogues, notamment, vers la fin, la belle scène où Fenwick sent revenir à la fois son génie et son amour. Ne semble-t-il pas que dans les momens où leur destinée est en jeu, hommes ou femmes, ils aient besoin de s’appuyer sur les grandes forces élémentaires qui peuvent donner à leur volonté un sens concret et naturel ? Ils répugnent inconsciemment, invinciblement, à la détermination abstraite, idéologique, ils veulent être comme chargés, afin que le coup porte, de toute la réalité des choses.

La réalité, le réalisme, voilà des mots qui reviennent à propos de Mme Humphry Ward, comme à propos de la plupart des romanciers anglais. Mais ce réalisme, on le comprend, n’exclut pas la poésie ; bien au contraire, elle accompagne naturellement une perception aussi directe, une communion aussi profonde. Elle en est la fleur, comme l’ « esprit » est la fleur d’une perception tout intellectuelle. Dans les romans anglais, disons ici dans les romans de Mme Ward, où nous voyons aux prises les forces de la vie,