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à Mme de Flahaut que je me permets un jugement quelconque sur sa patrie et ses amis. Je me suis fait la loi de n’en pas parler, et je n’y manque qu’à votre égard. La question polonaise qui rencontre une si juste sympathie sur le continent civilisé, ici n’inspire rien. Mme de Liéven, qui domine Ld Grey, se sert de tout son crédit pour détacher à cet égard le cabinet anglais.

La France au contraire ne peut pas oublier que cette digue une fois rompue, la Prusse est à l’aise, l’Autriche respire, la Russie triomphe, et que la France serait menacée ainsi que toute la civilisation moderne, qui n’aurait jamais pu se développer sans cette grande barrière opposée jadis par les Suédois et les Polonais aux efforts du musulman et du moscovite.

Nous avons ici les petits commissaires Belges qui me paraissent bien jeunes en diplomatie ; ils arrivent sans instructions, avec une petite éloquence républicaine que personne ne comprend ici, avec une ignorance sensible des hommes, des choses et des affaires, et une grande idée de leur propre importance. — Voilà bien des élémens de troubles, aussi je ne vois ici parmi ces messieurs du corps diplomatique que mines allongées et visages sombres ! Le plus à l’aise c’est M. de Talleyrand parce qu’il représente un cabinet simple, droit, éclairé et appuyé sur l’opinion, ce puissant auxiliaire.

Adieu, mon cher Général, je suis malade des affreux brouillards qui obscurcissent et épaississent tout ici. Vous savez que mon amitié n’est pas d’un jour ! — Duchesse de Dino.


Comte Horace de Choiseul.