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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/331

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LETTRES DE LOUIS-PHILIPPE ET DE TALLEYRAND.


Lundi matin, 19 septembre 1831.

En vous remerciant des dépêches, mon cher Général, je m’empresse de vous dire que mon fils est arrivé ce matin dans les meilleures dispositions que je pouvais désirer et sur tous les points.

Je reçois une lettre du Roi Léopold excellente comme toujours, mais pleine de vues judicieuses sur l’état de nos négociations à Londres que je suis impatient de vous montrer. La Hollande est toujours arrogante et menaçante et prépare, comme les Gazettes me le faisaient craindre, une forte attaque par la Flandre Zélandaise où ils accumulent des forces, et comme le séjour y est impossible longtemps aux mois de septembre et d’octobre, c’est par-là évidemment qu’ils veulent agir, et en fait, c’est le chemin le plus court sur Bruxelles.

Il faut nécessairement en écrire aujourd’hui même à M. de Talleyrand, et en parler à lord Granville que j’ai laissé très bien disposé sur ce point là. — L. P.


Ce lundi soir, 19 septembre 1831, à 10 heures et demie.

C’est de tout mon cœur, mon cher Général, que je vous félicite du beau et brillant succès que vous avés obtenu aujourd’hui. J’espère qu’il vous vengera des indignes attaques auxquelles vous avez été exposé. Soyés sûr que j’ai bien joui de votre triomphe. La Reine et ma sœur me demandent de vous le bien témoigner de leur part, et j’y joins du meilleur de mon cœur, l’assurance de ma vive et sincère amitié pour vous. — L. P.


Paris, ce jeudi matin, 22 septembre 1831.

J’ai bien remarqué hier matin, mon cher Général, que vous étiés souffrant et fatigué et je le regrette doublement en ce moment où il est urgent que vous écriviés toujours à M. de Talleyrand ce dont nous sommes convenus hier. La lettre du Roi Léopold m’en fait encore plus sentir l’urgence, et ce qui pourra y manquer, viendra une autre fois. Je suis occupé à lui répondre de mon mieux. Il est inquiet, et ce n’est pas sans cause. Je crains qu’on ne l’excite encore à prendre trop de confiance dans ses forces militaires, et nous ne saurions trop le prémunir contre cette tendance, dont les Hollandais tireraient encore plus de parti que la première fois. En tout, je pense que la guerre est en Belgique ou qu’elle n’est nulle part. Étouffons-la là, et malgré ce