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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 56.djvu/321

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LETTRES DE LOUIS-PHILIPPE ET DE TALLEYRAND.

feste de guerre. Il me tarde de connaître l’impression que cette singulière production aura faite sur le gouvernement anglais et d’avoir les développemens que M. de Mareuil[1]nous fait espérer.

Je crois que vous ferés bien de voir demain matin lord Granville de qui vous en apprendrés plus en un quart d’heure de conversation que dans ce que vous recevrés de Londres. J’attends avec impatience le résultat de cette conversation, car je ne doute pas que lord Palmerston n’ait mis lord Granville complètement au fait de ses intentions et de ses projets. — L. P.


Paris, ce lundi 8 août 1831, à 4 heures du soir.

Après avoir fini mes lettres, mon cher Général, je veux vous parler de Venloo[2], et vous communiquer mes réflexions.

Il est vrai que Venloo est dans la limite de ce que la Hollande possédait en 1790, mais il l’est également que Venloo était compris par l’armistice que nous avions garanti, dans la ligne que les Belges devaient occuper, tout comme la citadelle d’Anvers, qui était hors de la possession hollandaise de 1790, se trouvait pourtant par l’effet du même armistice dans la ligne occupée par les Hollandais.

Aujourd’hui que les Hollandais sont ceux qui ont rompu l’armistice, je crois que nous avons le droit et que nous devons même leur interdire le siège de cette place, et, par conséquent, qu’il convient d’envoyer directement au Prince d’Orange un officier porteur d’une sommation pour qu’il ait à s’en abstenir jusqu’à ce que les cinq puissances réunies en conférence à Londres, ayent statué sur les mesures que leur dictera la rupture de l’armistice que le Roi de Hollande a jugé à propos de faire, sans se récorder avec elles, et même sans les consulter, et de les prévenir que s’il n’obtempère pas à cette sommation, l’armée française marche sur lui pour l’y contraindre.

Il faudrait en même tems donner connaissance de cette mesure au maréchal Gérard en lui ordonnant de marcher sur le champ dans cette direction, et avec l’ordre d’attaquer le Prince d’Orange, s’il le trouvait encore devant Venloo et de se retirer sur l’ancien territoire Belge, aussitôt que le prince d’Orange

  1. Le baron de Mareuil, ministre de France à la Haye.
  2. Venlo, ou Venloo, ville des Pays-Bas, sur la Meuse près de Limbourg. Ville forte prise par Marlborough en 1708.